Par Vincent Carter, avec Congo Intelligence
ANALYSE : Voici COMMENT TSHISEKEDI A MANIPULÉ LA CENCO, L’ECC ET Le C64 POUR DISCREDITER LES EGLISES ET L’OPPOSITION ET DÉTOURNER LA COLÈRE POPULAIRE !!! SAUF MOISE KATUMBI QUI ETAIT SEUL DANS LE C64 CONTRE L’ANNULATION DES MARCHES PACIFIQUES
Le 22 juillet 2026 restera dans les annales politiques congolaises comme le jour où la rue s’est tue. Une journée qui devait être celle de la confrontation entre le régime de Félix Tshisekedi et une opposition déterminée à défendre l’ordre constitutionnel s’est achevée dans un silence assourdissant. Les marches annoncées par la Coalition Article 64 (C64) et la contre-manifestation de l’Union Sacrée n’ont pas eu lieu. Le calme a prévalu à Kinshasa .
Mais ce récit d’un apaisement réussi cache une tout autre réalité, plus sombre et plus inquiétante. Sous couvert de dialogue national et de médiation religieuse, le pouvoir de Tshisekedi a habilement orchestré une manœuvre de diversion qui a permis de désamorcer une pression populaire grandissante. La question qui brûle les lèvres de tous les observateurs est désormais : la CENCO, l’ECC et la C64 ont-ils été roulés dans la farine par un régime qui n’a jamais eu l’intention de dialoguer sincèrement ?
I. LA MANŒUVRE DE L’ANNONCE : LE DIALOGUE COMME PARAVENT
Tout commence le 17 juillet 2026. Alors que la C64 maintenait sa mobilisation pour exiger le départ du chef de l’État , Félix Tshisekedi annonce subitement l’ouverture d’un « dialogue national inclusif, apaisé et résolument républicain » . L’annonce intervient à un moment crucial : la pression internationale s’accentue, les appels à la retenue se multiplient et la rue menace de déborder .
La manœuvre est aussi soudaine que calculée. Le régime savait pertinemment que la perspective d’un dialogue serait accueillie favorablement par les confessions religieuses, historiquement engagées dans les médiations politiques en RDC. La CENCO et l’ECC, héritières d’une longue tradition de facilitation des transitions politiques – de 2003 à l’alternance de 2018 -, ne pouvaient que saisir cette main tendue en apparence .
En confiant aux Églises la mission de faciliter ce dialogue, Tshisekedi a placé ses principaux opposants dans une position délicate. Comment refuser un appel au dialogue émanant du chef de l’État et soutenu par les autorités religieuses ? Le piège était parfaitement monté .
II. LA CENCO ET L’ECC : MÉDIATEURS DE BONNE FOI OU INSTRUMENTS DU POUVOIR ?
Dès le lendemain de l’annonce présidentielle, la CENCO et l’ECC se lancent dans une intense campagne de lobbying. Le 18 juillet, elles reçoivent les responsables de la C64 à l’Archevêché de Kinshasa. Objectif : obtenir le report de la marche du 22 juillet .
Les arguments avancés sont en apparence irréprochables : préserver le climat de dialogue, éviter une confrontation qui pourrait dégénérer, donner une chance à la paix . « Le report de la marche créerait les conditions propices à une concertation sereine et inclusive, dans l’intérêt supérieur de la nation », soulignent les deux institutions religieuses dans leur déclaration commune .
Mais la question que peu osent poser est la suivante : les Églises ont-elles été les instruments d’un régime qui cherchait à gagner du temps et à désamorcer la pression populaire ? Selon plusieurs diplomates accrédités à Kinshasa, le président Tshisekedi et son régime voulaient « discreter » tous ceux qui s’opposent à leur projet de révision constitutionnelle, les discréditer aux yeux de la population en les présentant comme des faiseurs de trouble qui refusent le dialogue.
Les sources diplomatiques interrogées par Congo Intelligence confirment que le régime a habilement exploité la bonne foi des autorités religieuses. « Le président et son entourage savent que la CENCO et l’ECC sont des institutions respectées, mais ils les utilisent comme des boucliers pour gagner du temps tout en poursuivant leur agenda constitutionnel », confie un diplomate occidental sous couvert d’anonymat.
III. LA C64 : ENTRE OPPOSITION FERME ET CONCESSION TACTIQUE
Face à la pression des Églises et aux appels au dialogue, la C64 se retrouve dans une position inconfortable. Le 20 juillet 2026, elle annonce officiellement le report de sa marche prévue le 22 juillet devant le Palais de la Nation .
La décision est présentée comme un geste de responsabilité. Le communiqué porte les signatures des cinq principales figures de l’opposition : Martin Fayulu, Jean-Marc Kabund, Moïse Katumbi, Augustin Matata Ponyo et Delly Sesanga . Une unité affichée qui masque des divergences profondes.
Selon nos sources, Moïse Katumbi, président de l’Ensemble pour la République, était farouchement opposé à l’annulation des marches. Il aurait estimé que le régime de Tshisekedi ne méritait aucun répit et que le dialogue n’était qu’une manœuvre dilatoire. « Katumbi était convaincu que le pouvoir n’a jamais eu l’intention de dialoguer sincèrement. Pour lui, la rue était le seul moyen de faire plier le régime », confie un proche du dossier.
Cependant, isolé sur cette position, Katumbi a dû se ranger à l’avis de la majorité des leaders de la C64, sensibles aux appels de la CENCO et de l’ECC. La coalition, qui regroupe plusieurs partis d’opposition et acteurs de la société civile , a également pris en compte les consultations menées à Bujumbura par le président burundais et président en exercice de l’Union africaine, Évariste Ndayishimiye .
Mais le report est assorti d’une condition suspensive : la C64 accorde au pouvoir un ultimatum jusqu’au 15 août 2026 pour convoquer officiellement le dialogue national inclusif. Passé ce délai, la coalition promet de relancer la mobilisation . « Si le dialogue national inclusif n’est pas officiellement convoqué au plus tard le 15 août 2026, ou si les engagements annoncés demeurent sans traduction concrète, la Coalition en tirera toutes les conséquences politiques et appellera le peuple congolais à reprendre les actions citoyennes », prévient le communiqué .
IV. LA QUESTION CLÉ : LA C64 A-T-ELLE ÉTÉ ROULÉE DANS LA FARINE ?
Le coup de théâtre du 22 juillet – l’absence totale de manifestations – a suscité des interrogations légitimes. La C64, qui promettait depuis des semaines une mobilisation sans précédent, a cédé aux appels des Églises. A-t-elle été naïve, ou a-t-elle simplement reculé tactiquement ?
Le choix du report est présenté comme une stratégie visant à accorder une chance au dialogue et à mettre la pression sur le régime par d’autres moyens. « Ce report ne saurait être interprété comme un renoncement à notre engagement en faveur de l’alternance démocratique et du respect de la Constitution. Il traduit notre volonté de privilégier, jusqu’à preuve du contraire, la voie du dialogue plutôt que celle de la confrontation », affirme la coalition .
Pourtant, plusieurs analystes estiment que la C64 a fait une erreur stratégique. En suspendant la marche, elle a permis au régime de souffler et de présenter un visage d’apaisement à la communauté internationale. Le pouvoir peut désormais arguer que la situation politique s’est calmée et que le « dialogue national » est en cours, ce qui justifierait une poursuite de son agenda constitutionnel .
Selon des sources proches du pouvoir, le régime de Tshisekedi a parfaitement évalué les conséquences de son annonce. « Le président savait que la CENCO, l’ECC et l’opposition ne pourraient pas refuser la main tendue, du moins en apparence. Il a gagné du temps et a divisé ses adversaires », explique un analyste politique sous couvert d’anonymat.
La C64 a également dû faire face à des critiques au sein de la société civile. Des organisations comme « Sauvons le Congo » ont dénoncé le report, estimant qu’il affaiblit le rapport de force avec un régime qui n’a jamais respecté ses engagements . Rodrigue Ramazani, secrétaire général d’Envol, a défendu la position de la coalition, dénonçant des attaques qu’il juge injustifiées contre ses dirigeants .
V. LA DIPLOMATIE PARALLÈLE : LE RÔLE DE NDAYISHIMIYE ET DE L’UNION AFRICAINE
Un autre élément crucial a influencé la décision de la C64 : les consultations menées à Bujumbura par le président burundais Évariste Ndayishimiye. En tant que président en exercice de l’Union africaine, Ndayishimiye a organisé des discussions avec les acteurs politiques congolais, notamment la C64 et les confessions religieuses .
L’objectif affiché est de trouver une solution à la crise politique, sécuritaire et institutionnelle en RDC . « L’idée, c’est que cette situation lui tient à cœur. En tant que président en exercice de l’Union africaine, il veut contribuer à trouver une solution. Pour lui, lorsqu’il y a des problèmes, les parties doivent se parler. Il estime que la solution passe par le dialogue », affirme un responsable de la C64 présent à Bujumbura .
Mais la question est de savoir si cette médiation est de bonne foi ou si elle sert un agenda plus large. Selon plusieurs observateurs, le Burundi, voisin de la RDC, a des intérêts stratégiques dans la région. Ndayishimiye, dont le pays a été secoué par une grave crise politique en 2015, pourrait être plus enclin à défendre la stabilité institutionnelle qu’à soutenir l’opposition .
La position de Joseph Kabila dans ce contexte est particulièrement intéressante. L’ancien président, à la tête de la coalition AFC/M23, a-t-il vu juste en suivant les invitations de Bujumbura ? Selon des informations relayées par RFI et Actualité.cd, le camp de Kabila affirme ne pas avoir été formellement saisi pour les consultations de l’Union africaine . Certains proches de l’ancien chef de l’État expriment des réserves sur le processus mené à Bujumbura .
Corneille Nangaa, chef rebelle de l’AFC/M23, a quant à lui fermé la porte au dialogue, prônant une « refondation de l’État » qu’il estime nécessaire face à un pouvoir qu’il accuse de ne jamais respecter ses engagements . Pour plusieurs analystes, cette posture relève davantage d’une stratégie visant à faire monter les enchères que d’un refus catégorique. « En montant les enchères sans être consulté, Corneille Nangaa cherche-t-il à obtenir davantage de concessions de Félix Tshisekedi ? » s’interroge CONGO NOUVEAU .
La position de Kabila et de l’AFC/M23 est donc ambiguë. D’un côté, en refusant de participer au processus de dialogue, ils risquent de s’isoler. De l’autre, en maintenant une pression militaire et politique, ils conservent une capacité de nuisance que le pouvoir ne peut ignorer.
VI. LE PEUPLE CONGOLAIS : SPECTATEUR OU ACTEUR DE SA PROPRE DESTINÉE ?
Dans cette affaire, une question essentielle se pose : que fera le peuple congolais en cas d’une nouvelle demande de marche pacifique par la C64 ? Car le vrai test viendra le 15 août, si le régime n’a pas convoqué le dialogue national comme promis.
La base militante de l’opposition est exaspérée par le report de la marche du 22 juillet. Beaucoup voient dans cette décision une faiblesse qui permettra au régime de poursuivre son projet de révision constitutionnelle et de « présidence à vie » pour Tshisekedi. La défiance envers la classe politique, y compris l’opposition, est palpable.
Le peuple congolais est-il prêt à se mobiliser à nouveau ? La réponse dépendra de plusieurs facteurs : la capacité de la C64 à maintenir l’unité de la coalition face aux pressions du pouvoir, l’évolution du processus sécuritaire à l’Est, et surtout la perception de la sincérité du régime dans l’ouverture du dialogue.
Si la C64 appelle à une mobilisation massive pour défendre l’ordre constitutionnel, elle pourrait rencontrer un écho favorable. Mais le régime, de son côté, aura-t-il suffisamment préparé le terrain pour discréditer cette initiative ? « Selon plusieurs diplomates, Tshisekedi et son régime voulaient tous les discreter aux yeux de la population », rappellent nos sources . Le pouvoir utilisera tous les moyens pour présenter l’opposition comme des faiseurs de trouble qui refusent le dialogue et menacent la stabilité du pays.
VII. LA MANIPULATION DU RÉFÉRENDU : LE VRAI ENJEU DU DIALOGUE
Le cœur du conflit politique actuel réside dans le projet de révision constitutionnelle mené par Félix Tshisekedi. L’objectif inavoué du pouvoir : organiser un référendum pour changer la constitution et permettre au président de se maintenir au-delà des limites actuelles du mandat, ce qui est perçu comme un passage vers une présidence à vie .
L’opposition, regroupée au sein de la C64, s’oppose fermement à toute réforme constitutionnelle qu’elle considère comme une tentative de prolongation du pouvoir de Tshisekedi . La coalition dénonce ce qu’elle qualifie de « dérive autoritaire » du régime et réclame des réformes électorales et institutionnelles .
Le dialogue national, tel qu’annoncé par le président, est perçu par l’opposition comme une manœuvre pour légitimer le processus constitutionnel et diviser ses opposants. « Le pouvoir a toujours eu pour objectif de discréditer ses adversaires politiques en les présentant comme des ennemis de la paix qui s’opposent au dialogue », confie une source diplomatique .
La C64 a clairement mis en garde contre toute initiative susceptible d’alimenter les tensions politiques, notamment une éventuelle promulgation d’une loi portant sur un référendum constitutionnel. Selon la coalition, de telles démarches risqueraient de compromettre le climat de confiance indispensable au succès du dialogue .
Pourtant, rien n’indique que le régime ait renoncé à son projet. Au contraire, le « dialogue » pourrait servir à faire accepter un scénario déjà écrit, avec une opposition contrainte de participer à un processus dont elle ne maîtrise ni l’agenda ni les résultats.
VIII. CONCLUSION : LE TEMPS JOUE CONTRE L’OPPOSITION
L’analyse de la situation politique congolaise amène à une conclusion paradoxale. D’un côté, la C64 a réussi à maintenir l’unité de la coalition et à poser des conditions claires pour la participation au dialogue. De l’autre, en acceptant de reporter la marche du 22 juillet, elle a accordé un répit crucial à un régime qui cherchait avant tout à gagner du temps pour préparer son projet constitutionnel .
La question de savoir si la CENCO, l’ECC et la C64 ont été « roulés dans la farine » est complexe. D’un côté, les Églises ont agi de bonne foi, convaincues que le dialogue était la seule issue possible. De l’autre, le régime a habilement exploité cette bonne foi pour désamorcer la pression populaire et présenter un visage rassurant à la communauté internationale.
Le pari de Tshisekedi est risqué mais calculé. En gagnant du temps, il espère que la mobilisation de l’opposition retombera et que les divisions au sein de la C64 s’accentueront. L’ultimatum du 15 août est une ligne rouge, mais le pouvoir sait qu’une nouvelle mobilisation sera plus difficile à organiser après l’échec de celle du 22 juillet .
Quant à l’AFC/M23 et Joseph Kabila, leur position reste ambiguë. En refusant de participer au dialogue tout en continuant de peser sur le terrain militaire, ils conservent une capacité de nuisance que le pouvoir ne peut ignorer. Leur stratégie pourrait s’avérer payante si le régime échouait à stabiliser la situation sécuritaire à l’Est.
Pour le peuple congolais, l’heure est à l’attente et à l’incertitude. La colère ne s’est pas dissipée, elle s’est simplement tue. La question est de savoir si le 15 août, si le régime n’a pas tenu ses engagements, le peuple répondra à l’appel de la C64. Car dans cette affaire, la rue demeure, en dernière instance, l’arbitre ultime .
Vincent Carter, pour Congo Intelligence
Sources : Enquête.cd, Foxtime.cd, Kivu Morning Post, Mbote, Canal Révélation, L’Œil du Sahara, Mfumunke, Réveil Congo, Libre Grand Lac, Plusinfo