PEUR SUR LA BELGIQUE : Qui veut faire taire les opposants et journalistes congolais ?

Par Vincent Carter — Congo Intelligence

BRUXELLES — La Belgique, longtemps considérée comme une terre de refuge pour les opposants, journalistes et défenseurs des droits humains congolais, est-elle en train de devenir un nouveau terrain de confrontation politique autour de la République démocratique du Congo ?

La question mérite désormais d’être posée ouvertement.

L’agression dont a été victime le journaliste congolais Claude Pero Luwara à Tirlemont fait monter d’un cran l’inquiétude au sein de la communauté congolaise établie en Belgique. Selon les informations rapportées par La Libre Afrique, il s’agit de la troisième agression visant le journaliste en un peu plus d’un an. Lors de la dernière attaque, plusieurs individus l’auraient agressé par-derrière et l’un d’eux aurait utilisé un marteau.

Le journaliste, critique du pouvoir de Félix Tshisekedi et bénéficiaire du statut de réfugié politique en Belgique, affirme désormais craindre pour sa sécurité.

Et cette inquiétude ne concerne plus seulement Pero Luwara.

Une succession d’incidents qui inquiète Bruxelles

La gravité du dossier tient notamment à la répétition des faits.

Lors d’une précédente agression, les auteurs avaient été arrêtés puis condamnés à quatre années de prison. Selon Pero Luwara, la justice avait reconnu à cette occasion l’existence d’un « mobile politique ».

Cette circonstance donne une dimension particulière à la nouvelle attaque.

Comment expliquer qu’un journaliste ayant déjà été agressé et dont une précédente attaque avait été judiciairement sanctionnée puisse être de nouveau pris pour cible ?

C’est précisément cette question qui alimente aujourd’hui les inquiétudes de plusieurs responsables politiques et acteurs de la société civile congolaise en exil.

Hervé Diakiese, cité par La Libre Afrique, estime que la répétition des attaques contre Pero Luwara démontre que ceux qui seraient derrière ces violences ne semblent pas suffisamment impressionnés par la justice belge.

Une inquiétante hypothèse : la violence politique franchit-elle les frontières ?

C’est ici que commence la partie la plus sensible de notre enquête.

Depuis plusieurs semaines, des informations circulent dans les milieux politiques congolais de Bruxelles concernant l’existence supposée de listes de personnes considérées comme hostiles au pouvoir de Kinshasa.

Journalistes, opposants, militants et responsables politiques seraient, selon ces informations, particulièrement surveillés.

Certains noms circuleraient avec des menaces d’enlèvement ou d’agression.

Mais l’existence de ces informations, combinée à la multiplication d’incidents visant des personnalités congolaises en Europe, justifie une enquête sérieuse des autorités belges.

La question n’est donc pas de savoir s’il faut croire ou rejeter immédiatement ces accusations.

La question est de savoir si les autorités belges disposent aujourd’hui de suffisamment d’éléments pour évaluer l’existence éventuelle d’une menace organisée.

L’ombre de l’ANR CNC DE JEAN CLAUDE BUKASA ET LISETTE KABANGA 2 CITOYENS CANADIENS RESIDANT AU CONGO.

Dans les accusations formulées dans certains milieux de l’opposition congolaise, l’Agence nationale de renseignements, l’ANR, est parfois citée comme pouvant jouer un rôle dans la surveillance ou l’intimidation de personnalités hostiles au régime.

Cette accusation est extrêmement grave.

Mais elle doit également être prise au sérieux lorsqu’elle est formulée dans le contexte d’une succession d’incidents, de menaces ou d’agressions.

Si des agents ou des réseaux liés à l’État congolais étaient effectivement impliqués dans des opérations clandestines visant des réfugiés politiques en Belgique en association avec la mafiat albanaise et Serbe pour tuer et kidnapper les opposants au régime Tshisekedi en RDC, il s’agirait d’une affaire d’une gravité exceptionnelle pour la souveraineté belge.

La Belgique ne pourrait accepter que des conflits politiques venus de Kinshasa soient exportés sur son territoire.

Pero Luwara : une cible devenue symbole

Pero Luwara est devenu, au fil des années, l’une des voix journalistiques les plus critiques envers le pouvoir de Félix Tshisekedi.

Mais précisément pour cette raison, son cas dépasse désormais sa seule personne.

L’agression d’un journaliste réfugié politique en pleine rue, dans une ville belge, pose une question fondamentale :

peut-on encore être un opposant ou un journaliste critique congolais en Belgique sans craindre pour sa sécurité ?

Selon les déclarations rapportées par La Libre Afrique, l’attaque s’est produite alors que la Grand-Place de Tirlemont était fréquentée.

Ce détail est important.

Il ne s’agit pas d’une disparition dans un endroit isolé.

Il s’agit d’une agression qui aurait eu lieu dans l’espace public, dans un pays où la protection des libertés publiques et de l’État de droit constitue l’un des piliers fondamentaux de la démocratie.

Une opposition sous pression

Cette affaire intervient également dans un contexte politique particulièrement tendu en RDC.

Le débat sur une éventuelle modification constitutionnelle, le projet de dialogue national et la réorganisation des forces de l’opposition ont provoqué une nouvelle polarisation politique.

Selon l’article de La Libre Afrique, l’opposition avait annoncé une marche contre le changement de la Constitution et plusieurs composantes politiques avaient rejeté le projet de dialogue proposé par Félix Tshisekedi.

Dans ce contexte, Bruxelles apparaît comme un espace stratégique.

De nombreux opposants congolais y vivent.

Des journalistes y travaillent.

Des responsables politiques y organisent leurs réseaux.

Des associations de défense des droits humains y documentent les événements de la RDC.

Contrôler ou intimider cette communauté reviendrait donc à tenter de contrôler une partie importante de la bataille politique congolaise depuis l’étranger.

Les tentatives de ralliement

Autre élément troublant rapporté par La Libre Afrique : des informations circulaient à Bruxelles sur l’envoi présumé d’émissaires liés au pouvoir congolais afin de tenter de convaincre certains membres de l’opposition de rejoindre le camp présidentiel.

Les personnes contactées auraient cependant nié ces démarches ou les auraient présentées comme de simples contacts politiques.

Cette dimension est importante parce qu’elle montre que la bataille ne se joue pas uniquement dans la rue.

Elle se joue également dans les réseaux politiques, les négociations, les tentatives de rapprochement et les stratégies de division.

La question que pose désormais l’affaire Pero Luwara est de savoir si, parallèlement à cette bataille politique, certains acteurs auraient décidé de franchir la ligne rouge de l’intimidation physique.

Le précédent du « prix sur la tête »

L’article de La Libre Afrique évoque également une autre affaire particulièrement préoccupante : des accusations selon lesquelles un montant de plusieurs millions de dollars aurait été associé à la mise à prix de la tête de journalistes considérés comme trop critiques.

Ces accusations sont suffisamment graves pour nécessiter des vérifications judiciaires et journalistiques approfondies.

Si elles étaient confirmées, elles constitueraient un changement de nature du rapport entre pouvoir politique et liberté de la presse.

La critique politique ne peut jamais devenir une condamnation à mort.

La Belgique doit-elle ouvrir une enquête spécifique ?

C’est désormais la question centrale.

Les autorités belges doivent déterminer si les différentes agressions et menaces rapportées constituent des événements isolés ou si elles présentent des caractéristiques communes.

C’est d’ailleurs exactement l’inquiétude exprimée par les opposants congolais dans leur démarche auprès des autorités belges : déterminer si les incidents sont isolés ou s’ils révèlent l’existence éventuelle d’un dispositif plus structuré d’intimidation ou de violence politique.

Cette demande mérite d’être entendue.

Il ne suffit pas d’attendre qu’un drame plus grave se produise.

Il faut prévenir.

Congo Intelligence pose cinq questions

1. Qui a agressé Pero Luwara et quels étaient les motifs exacts de cette attaque ?

2. Existe-t-il un lien entre les différentes agressions dont il affirme avoir été victime ?

3. Les autorités belges disposent-elles d’informations concernant d’éventuelles menaces visant d’autres journalistes ou opposants congolais ?

4. Existe-t-il des éléments permettant d’établir l’existence de réseaux organisés opérant depuis ou vers la RDC ?

5. Les accusations visant certains services de sécurité congolais peuvent-elles être confirmées ou doivent-elles être définitivement écartées ?

Ces questions doivent être traitées par des enquêteurs et des magistrats, et non par les réseaux sociaux.

La ligne rouge belge

La Belgique a accueilli de nombreux Congolais qui ont fui les prisons, les persécutions politiques ou les menaces.

Certains y ont obtenu une protection internationale.

Ils doivent pouvoir continuer à parler librement.

Ils doivent pouvoir critiquer le gouvernement de Kinshasa.

Ils doivent pouvoir travailler comme journalistes.

Ils doivent pouvoir organiser des réunions politiques.

Et surtout, ils doivent pouvoir vivre sans craindre d’être enlevés ou agressés parce qu’ils expriment une opinion politique.

La Belgique ne peut pas devenir le prolongement d’un conflit politique congolais.

Notre conclusion

Ces accusations sont très grave.

Mais l’inquiétude est réelle.

Une troisième agression contre un journaliste critique, après une première affaire ayant donné lieu à des condamnations et à la reconnaissance d’un mobile politique, ne peut être traitée avec indifférence.

La Belgique doit enquêter.

Les victimes doivent être protégées.

Les journalistes doivent pouvoir travailler.

Et si un réseau transnational de violence politique devait être découvert, ses responsables — quels qu’ils soient, quelle que soit leur fonction et quelle que soit leur proximité avec le pouvoir de Kinshasa — devront répondre de leurs actes devant la justice.

Car une chose doit rester non négociable :

La violence politique congolaise ne doit pas franchir les frontières de la République démocratique du Congo pour s’installer en Belgique.

Vincent Carter
Congo Intelligence

Dossier d’enquête — Bruxelles, septembre 2026