Selon nos sources en Angola, un scénario de transition sans modification de la Constitution serait actuellement discuté dans les milieux diplomatiques régionaux — avec des élections organisées sous supervision internationale
Par Vincent Carter — Congo Intelligence
KINSHASA — LUANDA — Une information particulièrement sensible circule actuellement dans les milieux diplomatiques de la région des Grands Lacs et d’Afrique australe.
Selon des sources présentées comme crédibles en Angola, la Communauté de développement de l’Afrique australe (SADC) et la Communauté d’Afrique de l’Est (EAC) envisageraient un scénario de transition politique de trois ans en République démocratique du Congo, avec l’ancien président Joseph Kabila comme chef de la transition.
Selon ces mêmes sources, Joseph Kabila aurait accepté le principe de cette formule.
Congo Intelligence n’est toutefois pas en mesure, à ce stade, de confirmer indépendamment l’existence d’un accord formel SADC-EAC ou d’une décision officielle désignant Joseph Kabila comme futur président de transition.
Cette distinction est essentielle.
Mais si cette information venait à être confirmée, elle constituerait un bouleversement politique majeur à Kinshasa.
UN SCÉNARIO QUI RAPPELLE LA TRANSITION DE 2003
L’hypothèse d’une transition congolaise dirigée par Joseph Kabila n’est pas totalement étrangère à l’histoire politique de la RDC.
Après la deuxième guerre du Congo, l’Accord global et inclusif de Sun City de 2002 avait ouvert la voie à une transition politique.
La Constitution de transition de 2003 avait ensuite organisé une période de transition de trois ans, avec Joseph Kabila comme président.
Selon l’Institute for Security Studies, cette transition de trois ans devait conduire aux premières élections générales de l’après-guerre en 2006.
Des sources juridiques internationales rappellent également que l’accord permettait à Joseph Kabila de rester président pendant une période de transition pouvant aller jusqu’à trois ans, tandis que d’autres composantes de l’ancien conflit obtenaient des responsabilités dans les institutions de transition.
Autrement dit, le modèle d’une transition congolaise de trois ans n’est pas une invention politique récente.
Il existe un précédent historique.
La nouveauté serait de voir Joseph Kabila revenir à la tête d’une nouvelle transition après avoir quitté la présidence en 2019.
« SANS CHANGER LA CONSTITUTION »
Selon nos sources, l’un des éléments importants du scénario serait précisément de ne pas modifier la Constitution congolaise.
Cela permettrait de présenter la transition non pas comme une révision constitutionnelle destinée à prolonger le pouvoir d’un président, mais comme une solution exceptionnelle de sortie de crise, négociée entre les acteurs congolais et soutenue par les organisations régionales et internationales.
Le scénario évoqué serait donc :
Félix Tshisekedi quitte le pouvoir → une période de transition de trois ans est instaurée → Joseph Kabila dirige la transition → il ne peut pas être candidat à l’élection organisée à la fin de la transition → les institutions électorales sont réorganisées → des élections sont organisées sous supervision internationale.
C’est précisément cette dernière condition qui serait la plus importante pour donner une légitimité internationale au processus.
POURQUOI JOSEPH KABILA ?
La question est évidemment centrale.
Pourquoi les organisations régionales choisiraient-elles Joseph Kabila ?
Les partisans de cette hypothèse répondent que l’ancien président possède une caractéristique que peu d’autres personnalités congolaises peuvent revendiquer : une expérience directe de la gestion d’une transition nationale après une guerre régionale.
Joseph Kabila avait dirigé la RDC pendant la transition issue de la deuxième guerre du Congo avant les élections de 2006.
La SADC connaît également très bien son parcours politique.
L’Institute for Security Studies rappelle que Joseph Kabila avait personnellement remercié les dirigeants de la SADC pour leur rôle dans les processus ayant entouré les élections de 2006 et de 2011.
Son retour comme président de transition serait donc présenté, dans cette hypothèse, non comme le retour à une présidence ordinaire, mais comme un rôle d’arbitre institutionnel temporaire.
UNE CONDITION : KABILA NE POURRAIT PAS ÊTRE CANDIDAT
C’est probablement le point qui permettrait de vendre politiquement le scénario à une partie de l’opposition et de la communauté internationale.
Joseph Kabila pourrait diriger la transition pendant trois ans, mais ne pourrait pas se présenter à l’élection organisée à son terme.
Cette logique rappelle d’ailleurs certains principes déjà utilisés dans les précédentes négociations congolaises.
En 2016-2017, la pression régionale et internationale avait également cherché à empêcher une modification des règles permettant à Kabila de briguer un troisième mandat. L’accord de la Saint-Sylvestre prévoyait son départ et une succession électorale.
Le précédent montre donc qu’une formule politique visant à permettre à Kabila de gérer une période limitée sans lui permettre ensuite de se présenter pourrait être défendue comme un compromis de sortie de crise.
POURQUOI LA SADC ET L’EAC ?
La question régionale est déterminante.
La RDC est aujourd’hui au centre d’une crise qui dépasse largement ses frontières.
L’EAC avait déployé une force régionale dans l’est de la RDC en 2022.
La SADC avait ensuite déployé sa propre mission militaire, la SAMIDRC, en 2023.
En février 2025, les dirigeants de la SADC et de l’EAC ont cherché à rapprocher leurs processus de paix concernant la RDC. L’European Centre for Development Policy Management a notamment relevé que le sommet conjoint EAC-SADC avait appelé à une convergence des processus de Nairobi et de Luanda.
Cette évolution est fondamentale.
Elle signifie que les deux organisations régionales ont déjà reconnu qu’une réponse fragmentée à la crise congolaise ne suffisait pas.
LA PEUR D’UNE GUERRE RÉGIONALE
Selon nos sources, la motivation principale derrière le scénario envisagé serait la crainte d’une extension de la guerre congolaise à l’ensemble de la région des Grands Lacs et à l’Afrique australe.
Cette crainte n’est pas théorique.
Le conflit congolais implique déjà des intérêts et des forces provenant de plusieurs pays.
Le Conseil des relations étrangères américain rappelle que la crise congolaise est profondément liée aux conflits régionaux apparus depuis le génocide rwandais de 1994 et aux interventions de plusieurs États voisins.
Le risque pour les pays voisins est considérable :
si la guerre continue, elle peut devenir une guerre régionale.
C’est précisément ce que les organisations régionales cherchent historiquement à éviter.
LE DOSSIER TSHISEKEDI : « INCAPABLE DE GÉRER LA CRISE » ?
Selon les informations qui nous sont communiquées, certains chefs d’État de la région estimeraient que Félix Tshisekedi ne serait plus capable de gérer politiquement et militairement la crise congolaise.
Cette appréciation doit cependant être présentée comme une information attribuée à nos sources, et non comme une position officiellement exprimée par la SADC ou l’EAC.
Le contexte actuel permet néanmoins de comprendre pourquoi une telle discussion pourrait émerger.
Le conflit dans l’Est demeure extrêmement grave.
Le Conseil des relations étrangères estimait encore en août 2026 que le M23 contrôlait d’importants territoires dans l’est de la RDC, tandis que plusieurs dispositions de l’accord de paix restaient non appliquées.
Parallèlement, Félix Tshisekedi vient d’annoncer un dialogue national destiné à réduire les tensions politiques internes, alors que ses adversaires contestent son format et l’accusent de chercher à ouvrir la voie à un troisième mandat.
UNE ÉLECTION SOUS SUPERVISION INTERNATIONALE ?
C’est ici que votre information devient particulièrement intéressante.
Selon les sources de Congo Intelligence, le scénario régional inclurait une organisation des prochaines élections sous contrôle ou supervision internationale, avec une implication de l’ONU, de la SADC et de l’EAC.
Il faut toutefois faire une distinction importante :
supervision internationale ne signifie pas nécessairement que l’ONU organise matériellement l’élection.
L’ONU peut fournir une assistance électorale, une expertise technique, une logistique, une observation et, lorsque son mandat le prévoit, contribuer à la crédibilité du processus.
La RDC a déjà une longue expérience de l’assistance électorale internationale.
La MONUC, devenue MONUSCO, a notamment accompagné les processus électoraux congolais dans le passé. La mission de l’ONU a été créée en 1999 et son mandat a progressivement évolué au fil des crises congolaises.
LE PRÉCÉDENT DE LA CÔTE D’IVOIRE : MAIS AVEC UNE NUANCE IMPORTANTE
Votre comparaison avec la Côte d’Ivoire est pertinente, mais elle doit être formulée avec précision.
En Côte d’Ivoire, l’ONU n’a pas simplement « organisé » l’élection présidentielle de 2010.
La Commission électorale indépendante ivoirienne a proclamé les résultats.
L’ONUCI avait cependant un rôle essentiel dans le processus de certification.
Le représentant spécial du secrétaire général de l’ONU, Y.J. Choi, a certifié les résultats du second tour et affirmé que le peuple ivoirien avait exprimé sa volonté lors du scrutin du 28 novembre 2010.
L’ONU décrit elle-même l’élection de 2010 comme une élection certifiée par les Nations unies, remportée par Alassane Ouattara, avant que Laurent Gbagbo ne refuse de reconnaître sa défaite.
La crise s’est ensuite transformée en confrontation armée.
C’est donc un précédent extrêmement important pour comprendre ce que pourrait signifier une supervision internationale en RDC.
LA CÔTE D’IVOIRE : UN PRÉCÉDENT QUI AVERTIT AUTANT QU’IL INSPIRE
La leçon ivoirienne comporte deux dimensions.
Première leçon : l’ONU peut contribuer à certifier une élection contestée.
La certification internationale peut renforcer la crédibilité d’un résultat lorsque les institutions nationales sont contestées.
Deuxième leçon : la certification ne suffit pas à empêcher une crise politique.
Laurent Gbagbo a refusé de quitter le pouvoir malgré la reconnaissance internationale de la victoire de Ouattara.
La crise a finalement dégénéré en conflit violent.
L’ONUCI a joué ensuite un rôle majeur dans la protection des civils et la stabilisation du pays.
Le cas ivoirien montre donc qu’une élection supervisée ou certifiée internationalement n’est pas automatiquement synonyme de paix.
Il faut également que les acteurs politiques acceptent le résultat.
LE PRÉCÉDENT CONGOLAIS EST ENCORE PLUS INTÉRESSANT
Il existe toutefois une différence majeure.
La RDC a déjà expérimenté une transition internationale et régionale après une guerre.
La transition de 2003-2006 avait associé plusieurs composantes politiques et militaires issues du conflit.
Elle avait débouché sur les élections de 2006.
L’Institute for Security Studies décrit cette période comme une transition de trois ans ayant conduit aux premières élections générales de l’après-guerre.
Voilà pourquoi le scénario actuel mérite d’être surveillé.
Il ne serait pas nécessaire d’inventer un nouveau modèle.
Il pourrait simplement s’inspirer d’un ancien modèle congolais, adapté aux circonstances actuelles.
MAIS QUI CONTRÔLERAIT RÉELLEMENT LES ÉLECTIONS ?
C’est probablement la question la plus importante.
Si un accord de transition devait voir le jour, il faudrait déterminer :
- qui nomme la commission électorale ;
- qui contrôle les listes électorales ;
- qui finance les élections ;
- qui sécurise les bureaux de vote ;
- qui contrôle le matériel électoral ;
- qui observe le dépouillement ;
- qui publie les résultats provisoires ;
- qui certifie les résultats définitifs ;
- quelle juridiction tranche les contestations ;
- et quel rôle exact jouent l’ONU, la SADC et l’EAC.
L’expérience ivoirienne montre que le mot « supervision » doit être défini juridiquement.
Il ne suffit pas d’annoncer la présence de l’ONU.
Il faut déterminer précisément ce que l’ONU peut faire.
UN RISQUE : REMPLACER UNE CRISE PAR UNE AUTRE
Une transition imposée ou négociée à l’extérieur comporterait également des risques considérables.
Une partie de la population congolaise pourrait considérer qu’il s’agit d’une mise sous tutelle internationale.
Une autre pourrait considérer au contraire que l’intervention internationale est nécessaire pour empêcher une guerre régionale.
Le débat serait donc extrêmement violent.
La MONUSCO elle-même a été confrontée à une profonde crise de légitimité populaire avant son retrait progressif de certaines provinces. Le Monde rappelait en 2024 que la mission avait été largement critiquée pour son incapacité à protéger suffisamment les populations contre les groupes armés.
L’ONU pourrait donc être appelée à jouer un rôle électoral sans disposer nécessairement d’une confiance automatique de la population congolaise.
JOSEPH KABILA : HOMME DE TRANSITION OU FUTUR ARBITRE DU CONGO ?
Si l’information de nos sources se confirmait, Joseph Kabila se retrouverait dans une situation politique extraordinaire.
L’ancien président, qui a dirigé la RDC pendant la transition de 2001-2006 puis pendant plusieurs années après les élections, reviendrait au sommet de l’État.
Mais cette fois-ci avec une obligation fondamentale :
ne pas être candidat à l’élection organisée à la fin de la transition.
Ce serait la condition permettant de présenter son retour comme un compromis de transition plutôt qu’un retour au pouvoir personnel.
Le véritable test serait alors sa capacité à accepter une limitation claire de son mandat.
ET FÉLIX TSHISEKEDI ?
Pour Félix Tshisekedi, un tel scénario constituerait évidemment une défaite politique majeure.
Mais pour la région, ses promoteurs pourraient le présenter différemment :
il ne s’agirait pas de punir Tshisekedi, mais de sauver la RDC d’une guerre régionale.
C’est exactement le genre de justification qui pourrait être utilisé dans une négociation diplomatique.
Le problème serait alors de savoir si Tshisekedi accepterait volontairement de quitter le pouvoir ou si une pression régionale et internationale serait nécessaire.
CONCLUSION : ALERTE OU FUTUR ACCORD ?
À ce stade, Congo Intelligence ne présente pas cette information comme un accord déjà signé.
Nous la présentons comme une alerte provenant de sources en Angola, dont les éléments essentiels — transition de trois ans, Joseph Kabila comme président de transition, exclusion d’une candidature de Kabila et organisation d’élections avec une forte implication internationale — doivent encore être vérifiés par des documents officiels ou des confirmations indépendantes.
Mais cette hypothèse mérite d’être prise au sérieux pour une raison simple :
elle s’appuie sur des précédents historiques réels.
La RDC a déjà connu une transition de trois ans.
La SADC a déjà joué un rôle politique important dans les crises congolaises.
L’EAC et la SADC ont déjà cherché à coordonner leurs initiatives concernant la guerre dans l’Est.
L’ONU a déjà fourni une assistance électorale et joué un rôle de certification en Afrique.
Et la Côte d’Ivoire a déjà démontré qu’une élection certifiée par l’ONU pouvait devenir le centre d’une crise politique majeure.
La question n’est donc plus seulement :
« Joseph Kabila va-t-il revenir ? »
La véritable question est :
« Les puissances régionales et internationales sont-elles en train de chercher une formule de sortie de crise qui pourrait conduire à une nouvelle transition en RDC ? »
Si nos sources se confirmaient, le dialogue national annoncé par Félix Tshisekedi pourrait prendre une toute autre dimension.
Il ne serait alors plus seulement question de dialogue.
Il serait question de transition, de paix régionale, d’élections et de changement de pouvoir à Kinshasa.
Et dans ce scénario, Joseph Kabila pourrait redevenir l’une des pièces maîtresses de l’équation politique congolaise.
Congo Intelligence continuera à enquêter sur cette information.
Par Vincent Carter
Congo Intelligence
SOURCES ET RÉFÉRENCES
- Reuters, 28 août 2026 — annonce du dialogue national par Félix Tshisekedi et exclusion annoncée des groupes rebelles.
- Institute for Security Studies (ISS) — historique de la transition congolaise de trois ans et des élections de 2006.
- CFR — Council on Foreign Relations, Conflict in the Democratic Republic of Congo, mise à jour du 3 août 2026.
- ECPDM, analyse du rôle de l’EAC et de la SADC dans la crise congolaise.
- R. Caplan, étude académique sur l’ONUCI et la transition de la mission de l’ONU en Côte d’Ivoire.
- Nicolas Cook, Côte d’Ivoire: Post-Gbagbo: Crisis Recovery, Congressional Research Service — sur la crise post-électorale et les résultats certifiés par l’ONU.
- Jason K. Stearns, Dancing in the Glory of Monsters: The Collapse of the Congo and the Great War of Africa — référence majeure sur les dynamiques politiques, militaires et régionales des guerres du Congo.
- Koen Vlassenroot et Timothy Raeymaekers, travaux sur la gouvernance, les conflits et la militarisation dans l’Est de la RDC.
Selon des sources en Angola, un scénario de transition sans modification de la Constitution serait actuellement discuté dans les milieux diplomatiques régionaux — avec des élections organisées sous supervision internationale
Par Vincent Carter — Congo Intelligence
KINSHASA — LUANDA — Une information particulièrement sensible circule actuellement dans les milieux diplomatiques de la région des Grands Lacs et d’Afrique australe.
Selon des sources présentées comme crédibles en Angola, la Communauté de développement de l’Afrique australe (SADC) et la Communauté d’Afrique de l’Est (EAC) envisageraient un scénario de transition politique de trois ans en République démocratique du Congo, avec l’ancien président Joseph Kabila comme chef de la transition.
Selon ces mêmes sources, Joseph Kabila aurait accepté le principe de cette formule.
Congo Intelligence n’est toutefois pas en mesure, à ce stade, de confirmer indépendamment l’existence d’un accord formel SADC-EAC ou d’une décision officielle désignant Joseph Kabila comme futur président de transition.
Cette distinction est essentielle.
Mais si cette information venait à être confirmée, elle constituerait un bouleversement politique majeur à Kinshasa.
UN SCÉNARIO QUI RAPPELLE LA TRANSITION DE 2003
L’hypothèse d’une transition congolaise dirigée par Joseph Kabila n’est pas totalement étrangère à l’histoire politique de la RDC.
Après la deuxième guerre du Congo, l’Accord global et inclusif de Sun City de 2002 avait ouvert la voie à une transition politique.
La Constitution de transition de 2003 avait ensuite organisé une période de transition de trois ans, avec Joseph Kabila comme président.
Selon l’Institute for Security Studies, cette transition de trois ans devait conduire aux premières élections générales de l’après-guerre en 2006.
Des sources juridiques internationales rappellent également que l’accord permettait à Joseph Kabila de rester président pendant une période de transition pouvant aller jusqu’à trois ans, tandis que d’autres composantes de l’ancien conflit obtenaient des responsabilités dans les institutions de transition.
Autrement dit, le modèle d’une transition congolaise de trois ans n’est pas une invention politique récente.
Il existe un précédent historique.
La nouveauté serait de voir Joseph Kabila revenir à la tête d’une nouvelle transition après avoir quitté la présidence en 2019.
« SANS CHANGER LA CONSTITUTION »
Selon nos sources, l’un des éléments importants du scénario serait précisément de ne pas modifier la Constitution congolaise.
Cela permettrait de présenter la transition non pas comme une révision constitutionnelle destinée à prolonger le pouvoir d’un président, mais comme une solution exceptionnelle de sortie de crise, négociée entre les acteurs congolais et soutenue par les organisations régionales et internationales.
Le scénario évoqué serait donc :
Félix Tshisekedi quitte le pouvoir → une période de transition de trois ans est instaurée → Joseph Kabila dirige la transition → il ne peut pas être candidat à l’élection organisée à la fin de la transition → les institutions électorales sont réorganisées → des élections sont organisées sous supervision internationale.
C’est précisément cette dernière condition qui serait la plus importante pour donner une légitimité internationale au processus.
POURQUOI JOSEPH KABILA ?
La question est évidemment centrale.
Pourquoi les organisations régionales choisiraient-elles Joseph Kabila ?
Les partisans de cette hypothèse répondent que l’ancien président possède une caractéristique que peu d’autres personnalités congolaises peuvent revendiquer : une expérience directe de la gestion d’une transition nationale après une guerre régionale.
Joseph Kabila avait dirigé la RDC pendant la transition issue de la deuxième guerre du Congo avant les élections de 2006.
La SADC connaît également très bien son parcours politique.
L’Institute for Security Studies rappelle que Joseph Kabila avait personnellement remercié les dirigeants de la SADC pour leur rôle dans les processus ayant entouré les élections de 2006 et de 2011.
Son retour comme président de transition serait donc présenté, dans cette hypothèse, non comme le retour à une présidence ordinaire, mais comme un rôle d’arbitre institutionnel temporaire.
UNE CONDITION : KABILA NE POURRAIT PAS ÊTRE CANDIDAT
C’est probablement le point qui permettrait de vendre politiquement le scénario à une partie de l’opposition et de la communauté internationale.
Joseph Kabila pourrait diriger la transition pendant trois ans, mais ne pourrait pas se présenter à l’élection organisée à son terme.
Cette logique rappelle d’ailleurs certains principes déjà utilisés dans les précédentes négociations congolaises.
En 2016-2017, la pression régionale et internationale avait également cherché à empêcher une modification des règles permettant à Kabila de briguer un troisième mandat. L’accord de la Saint-Sylvestre prévoyait son départ et une succession électorale.
Le précédent montre donc qu’une formule politique visant à permettre à Kabila de gérer une période limitée sans lui permettre ensuite de se présenter pourrait être défendue comme un compromis de sortie de crise.
POURQUOI LA SADC ET L’EAC ?
La question régionale est déterminante.
La RDC est aujourd’hui au centre d’une crise qui dépasse largement ses frontières.
L’EAC avait déployé une force régionale dans l’est de la RDC en 2022.
La SADC avait ensuite déployé sa propre mission militaire, la SAMIDRC, en 2023.
En février 2025, les dirigeants de la SADC et de l’EAC ont cherché à rapprocher leurs processus de paix concernant la RDC. L’European Centre for Development Policy Management a notamment relevé que le sommet conjoint EAC-SADC avait appelé à une convergence des processus de Nairobi et de Luanda.
Cette évolution est fondamentale.
Elle signifie que les deux organisations régionales ont déjà reconnu qu’une réponse fragmentée à la crise congolaise ne suffisait pas.
LA PEUR D’UNE GUERRE RÉGIONALE
Selon nos sources, la motivation principale derrière le scénario envisagé serait la crainte d’une extension de la guerre congolaise à l’ensemble de la région des Grands Lacs et à l’Afrique australe.
Cette crainte n’est pas théorique.
Le conflit congolais implique déjà des intérêts et des forces provenant de plusieurs pays.
Le Conseil des relations étrangères américain rappelle que la crise congolaise est profondément liée aux conflits régionaux apparus depuis le génocide rwandais de 1994 et aux interventions de plusieurs États voisins.
Le risque pour les pays voisins est considérable :
si la guerre continue, elle peut devenir une guerre régionale.
C’est précisément ce que les organisations régionales cherchent historiquement à éviter.
LE DOSSIER TSHISEKEDI : « INCAPABLE DE GÉRER LA CRISE » ?
Selon les informations qui nous sont communiquées, certains chefs d’État de la région estimeraient que Félix Tshisekedi ne serait plus capable de gérer politiquement et militairement la crise congolaise.
Cette appréciation doit cependant être présentée comme une information attribuée à nos sources, et non comme une position officiellement exprimée par la SADC ou l’EAC.
Le contexte actuel permet néanmoins de comprendre pourquoi une telle discussion pourrait émerger.
Le conflit dans l’Est demeure extrêmement grave.
Le Conseil des relations étrangères estimait encore en août 2026 que le M23 contrôlait d’importants territoires dans l’est de la RDC, tandis que plusieurs dispositions de l’accord de paix restaient non appliquées.
Parallèlement, Félix Tshisekedi vient d’annoncer un dialogue national destiné à réduire les tensions politiques internes, alors que ses adversaires contestent son format et l’accusent de chercher à ouvrir la voie à un troisième mandat.
UNE ÉLECTION SOUS SUPERVISION INTERNATIONALE ?
C’est ici que votre information devient particulièrement intéressante.
Selon les sources de Congo Intelligence, le scénario régional inclurait une organisation des prochaines élections sous contrôle ou supervision internationale, avec une implication de l’ONU, de la SADC et de l’EAC.
Il faut toutefois faire une distinction importante :
supervision internationale ne signifie pas nécessairement que l’ONU organise matériellement l’élection.
L’ONU peut fournir une assistance électorale, une expertise technique, une logistique, une observation et, lorsque son mandat le prévoit, contribuer à la crédibilité du processus.
La RDC a déjà une longue expérience de l’assistance électorale internationale.
La MONUC, devenue MONUSCO, a notamment accompagné les processus électoraux congolais dans le passé. La mission de l’ONU a été créée en 1999 et son mandat a progressivement évolué au fil des crises congolaises.
LE PRÉCÉDENT DE LA CÔTE D’IVOIRE : MAIS AVEC UNE NUANCE IMPORTANTE
Votre comparaison avec la Côte d’Ivoire est pertinente, mais elle doit être formulée avec précision.
En Côte d’Ivoire, l’ONU n’a pas simplement « organisé » l’élection présidentielle de 2010.
La Commission électorale indépendante ivoirienne a proclamé les résultats.
L’ONUCI avait cependant un rôle essentiel dans le processus de certification.
Le représentant spécial du secrétaire général de l’ONU, Y.J. Choi, a certifié les résultats du second tour et affirmé que le peuple ivoirien avait exprimé sa volonté lors du scrutin du 28 novembre 2010.
L’ONU décrit elle-même l’élection de 2010 comme une élection certifiée par les Nations unies, remportée par Alassane Ouattara, avant que Laurent Gbagbo ne refuse de reconnaître sa défaite.
La crise s’est ensuite transformée en confrontation armée.
C’est donc un précédent extrêmement important pour comprendre ce que pourrait signifier une supervision internationale en RDC.
LA CÔTE D’IVOIRE : UN PRÉCÉDENT QUI AVERTIT AUTANT QU’IL INSPIRE
La leçon ivoirienne comporte deux dimensions.
Première leçon : l’ONU peut contribuer à certifier une élection contestée.
La certification internationale peut renforcer la crédibilité d’un résultat lorsque les institutions nationales sont contestées.
Deuxième leçon : la certification ne suffit pas à empêcher une crise politique.
Laurent Gbagbo a refusé de quitter le pouvoir malgré la reconnaissance internationale de la victoire de Ouattara.
La crise a finalement dégénéré en conflit violent.
L’ONUCI a joué ensuite un rôle majeur dans la protection des civils et la stabilisation du pays.
Le cas ivoirien montre donc qu’une élection supervisée ou certifiée internationalement n’est pas automatiquement synonyme de paix.
Il faut également que les acteurs politiques acceptent le résultat.
LE PRÉCÉDENT CONGOLAIS EST ENCORE PLUS INTÉRESSANT
Il existe toutefois une différence majeure.
La RDC a déjà expérimenté une transition internationale et régionale après une guerre.
La transition de 2003-2006 avait associé plusieurs composantes politiques et militaires issues du conflit.
Elle avait débouché sur les élections de 2006.
L’Institute for Security Studies décrit cette période comme une transition de trois ans ayant conduit aux premières élections générales de l’après-guerre.
Voilà pourquoi le scénario actuel mérite d’être surveillé.
Il ne serait pas nécessaire d’inventer un nouveau modèle.
Il pourrait simplement s’inspirer d’un ancien modèle congolais, adapté aux circonstances actuelles.
MAIS QUI CONTRÔLERAIT RÉELLEMENT LES ÉLECTIONS ?
C’est probablement la question la plus importante.
Si un accord de transition devait voir le jour, il faudrait déterminer :
- qui nomme la commission électorale ;
- qui contrôle les listes électorales ;
- qui finance les élections ;
- qui sécurise les bureaux de vote ;
- qui contrôle le matériel électoral ;
- qui observe le dépouillement ;
- qui publie les résultats provisoires ;
- qui certifie les résultats définitifs ;
- quelle juridiction tranche les contestations ;
- et quel rôle exact jouent l’ONU, la SADC et l’EAC.
L’expérience ivoirienne montre que le mot « supervision » doit être défini juridiquement.
Il ne suffit pas d’annoncer la présence de l’ONU.
Il faut déterminer précisément ce que l’ONU peut faire.
UN RISQUE : REMPLACER UNE CRISE PAR UNE AUTRE
Une transition imposée ou négociée à l’extérieur comporterait également des risques considérables.
Une partie de la population congolaise pourrait considérer qu’il s’agit d’une mise sous tutelle internationale.
Une autre pourrait considérer au contraire que l’intervention internationale est nécessaire pour empêcher une guerre régionale.
Le débat serait donc extrêmement violent.
La MONUSCO elle-même a été confrontée à une profonde crise de légitimité populaire avant son retrait progressif de certaines provinces. Le Monde rappelait en 2024 que la mission avait été largement critiquée pour son incapacité à protéger suffisamment les populations contre les groupes armés.
L’ONU pourrait donc être appelée à jouer un rôle électoral sans disposer nécessairement d’une confiance automatique de la population congolaise.
JOSEPH KABILA : HOMME DE TRANSITION OU FUTUR ARBITRE DU CONGO ?
Si l’information de nos sources se confirmait, Joseph Kabila se retrouverait dans une situation politique extraordinaire.
L’ancien président, qui a dirigé la RDC pendant la transition de 2001-2006 puis pendant plusieurs années après les élections, reviendrait au sommet de l’État.
Mais cette fois-ci avec une obligation fondamentale :
ne pas être candidat à l’élection organisée à la fin de la transition.
Ce serait la condition permettant de présenter son retour comme un compromis de transition plutôt qu’un retour au pouvoir personnel.
Le véritable test serait alors sa capacité à accepter une limitation claire de son mandat.
ET FÉLIX TSHISEKEDI ?
Pour Félix Tshisekedi, un tel scénario constituerait évidemment une défaite politique majeure.
Mais pour la région, ses promoteurs pourraient le présenter différemment :
il ne s’agirait pas de punir Tshisekedi, mais de sauver la RDC d’une guerre régionale.
C’est exactement le genre de justification qui pourrait être utilisé dans une négociation diplomatique.
Le problème serait alors de savoir si Tshisekedi accepterait volontairement de quitter le pouvoir ou si une pression régionale et internationale serait nécessaire.
CONCLUSION : ALERTE OU FUTUR ACCORD ?
À ce stade, Congo Intelligence ne présente pas cette information comme un accord déjà signé.
Nous la présentons comme une alerte provenant de sources en Angola, dont les éléments essentiels — transition de trois ans, Joseph Kabila comme président de transition, exclusion d’une candidature de Kabila et organisation d’élections avec une forte implication internationale — doivent encore être vérifiés par des documents officiels ou des confirmations indépendantes.
Mais cette hypothèse mérite d’être prise au sérieux pour une raison simple :
elle s’appuie sur des précédents historiques réels.
La RDC a déjà connu une transition de trois ans.
La SADC a déjà joué un rôle politique important dans les crises congolaises.
L’EAC et la SADC ont déjà cherché à coordonner leurs initiatives concernant la guerre dans l’Est.
L’ONU a déjà fourni une assistance électorale et joué un rôle de certification en Afrique.
Et la Côte d’Ivoire a déjà démontré qu’une élection certifiée par l’ONU pouvait devenir le centre d’une crise politique majeure.
La question n’est donc plus seulement :
« Joseph Kabila va-t-il revenir ? »
La véritable question est :
« Les puissances régionales et internationales sont-elles en train de chercher une formule de sortie de crise qui pourrait conduire à une nouvelle transition en RDC ? »
Si nos sources se confirmaient, le dialogue national annoncé par Félix Tshisekedi pourrait prendre une toute autre dimension.
Il ne serait alors plus seulement question de dialogue.
Il serait question de transition, de paix régionale, d’élections et de changement de pouvoir à Kinshasa.
Et dans ce scénario, Joseph Kabila pourrait redevenir l’une des pièces maîtresses de l’équation politique congolaise.
Congo Intelligence continuera à enquêter sur cette information.
ALERTE — RDC : LA SADC ET L’EAC PRÉPARENT-ELLES UNE TRANSITION DE TROIS ANS AVEC JOSEPH KABILA À LA TÊTE DU PAYS COMME PRÉSIDENT DE LA TRANSITION POUR TERMINER LE MANDAT DE FÉLIX TSHISEKEDI, EN CAS DU BLOCAGE D’UN DIALOGUE INCLUSIF AVEC AFC/M23 ET ORGANISER DES ELECTIONS SOUS SUPERVISION DE L’ONU, SADC ET EAC?
Par Vincent Carter
Congo Intelligence
SOURCES ET RÉFÉRENCES
- Reuters, 28 août 2026 — annonce du dialogue national par Félix Tshisekedi et exclusion annoncée des groupes rebelles.
- Institute for Security Studies (ISS) — historique de la transition congolaise de trois ans et des élections de 2006.
- CFR — Council on Foreign Relations, Conflict in the Democratic Republic of Congo, mise à jour du 3 août 2026.
- ECPDM, analyse du rôle de l’EAC et de la SADC dans la crise congolaise.
- ONUCI — Nations unies, documents officiels sur la certification de l’élection présidentielle ivoirienne de 2010.
- R. Caplan, étude académique sur l’ONUCI et la transition de la mission de l’ONU en Côte d’Ivoire.
- Nicolas Cook, Côte d’Ivoire: Post-Gbagbo: Crisis Recovery, Congressional Research Service — sur la crise post-électorale et les résultats certifiés par l’ONU.
- Jason K. Stearns, Dancing in the Glory of Monsters: The Collapse of the Congo and the Great War of Africa — référence majeure sur les dynamiques politiques, militaires et régionales des guerres du Congo.
- Koen Vlassenroot et Timothy Raeymaekers, travaux sur la gouvernance, les conflits et la militarisation dans l’Est de la RDC.