Par Vincent CarterCongo Intelligence

Sans l’AFC/M23, Corneille Nangaa et Joseph Kabila, « ce dialogue ne peut pas régler la crise congolaise », estiment l’opposition.

Par Vincent Carter — Congo Intelligence

KINSHASA — Le projet de dialogue national voulu par le président Félix Tshisekedi est déjà confronté à une importante contestation avant même son lancement. La CENCO, des organisations de la société civile et plusieurs acteurs de l’opposition estiment que le format actuellement envisagé ne permettrait pas de réunir toutes les forces nécessaires à une véritable recherche de paix en République démocratique du Congo.

Le président Félix Tshisekedi a récemment annoncé un dialogue national destiné à contribuer à l’apaisement des tensions politiques et à renforcer la cohésion nationale. Mais son choix d’exclure les groupes rebelles, notamment l’AFC/M23, ouvre déjà un nouveau front politique.

Un dialogue sans les principaux protagonistes de la crise ?

Pour une partie de l’opposition et de la société civile, la question est simple : peut-on prétendre régler une crise nationale sans réunir autour de la même table tous ceux qui en sont directement ou indirectement les protagonistes ?

Cette interrogation vise particulièrement l’AFC/M23, dirigée politiquement par Corneille Nangaa, ainsi que l’ancien président Joseph Kabila, dont les relations avec l’AFC/M23 sont au cœur d’une importante controverse politique.

Dès juillet, l’opposant Delly Sesanga avait publiquement demandé la présence de l’AFC/M23 et de Joseph Kabila autour de la table du dialogue national.

Plus récemment, Martin Fayulu a également demandé que Joseph Kabila et Corneille Nangaa soient associés au processus, estimant que les principaux acteurs de la crise doivent pouvoir s’expliquer et participer à la recherche d’une solution politique.

La CENCO et la société civile face au format présidentiel

La position des confessions religieuses et de la société civile constitue un autre élément majeur du débat.

Pour leurs représentants, un dialogue destiné à produire une véritable cohésion nationale ne peut pas être conçu comme une simple rencontre entre les forces politiques favorables au pouvoir et une partie de l’opposition.

L’enjeu serait plutôt de construire un processus suffisamment inclusif pour que les décisions qui en sortiront puissent être acceptées par une large partie de la population.

Cette exigence intervient alors que la CENCO-ECC s’est elle-même montrée disposée à échanger avec l’AFC/M23 et avec l’ancien président Joseph Kabila dans le cadre de ses démarches de médiation.

L’AFC/M23, un acteur que Kinshasa veut tenir à l’écart

Le problème est d’autant plus complexe que Kinshasa refuse actuellement de considérer l’AFC/M23 comme une composante politique ordinaire du dialogue national.

Le gouvernement congolais et l’AFC/M23 sont parallèlement engagés dans des discussions de paix à Doha. Des observateurs soulignent ainsi qu’une partie des questions liées à la guerre dans l’Est est déjà traitée dans ce cadre distinct.

Mais pour les adversaires du format proposé par Félix Tshisekedi, séparer la crise militaire de la crise politique risque de produire deux processus parallèles sans véritable solution globale.

Corneille Nangaa rejette également le processus

Autre paradoxe : alors que certains opposants réclament la présence de Corneille Nangaa au dialogue, celui-ci a lui-même rejeté la perspective de participer au dialogue national proposé par les autorités congolaises.

Le défi n’est donc pas seulement de savoir qui sera invité, mais également de déterminer qui acceptera réellement de s’asseoir autour de la table et sous quelles conditions.

Joseph Kabila, l’autre dossier explosif

Le nom de l’ancien président Joseph Kabila constitue également l’un des points les plus sensibles du dossier.

Pour certains opposants, son exclusion affaiblirait la portée politique du dialogue. Pour le pouvoir, sa proximité alléguée avec l’AFC/M23 constitue au contraire une raison de ne pas l’intégrer au processus présidentiel.

Martin Fayulu soutient notamment que Joseph Kabila devrait pouvoir répondre aux accusations portées contre lui concernant son soutien présumé à l’AFC/M23.

Le dialogue devrait-il justement permettre à chacun de répondre publiquement aux accusations qui lui sont adressées ?

C’est l’un des grands enjeux du débat.

Et les Banyamulenge ?

La question de la représentation des Banyamulenge ajoute une autre dimension à cette crise.

Pour certains acteurs de la société civile et de l’opposition, une paix durable dans l’Est du Congo exige également que les communautés directement concernées par les conflits puissent être entendues et représentées dans les discussions nationales.

L’objectif, selon cette vision, ne serait pas de donner une prime à une communauté ou à un groupe armé, mais de permettre que les causes profondes des conflits communautaires, fonciers, sécuritaires et politiques de l’Est soient abordées directement.

Le risque d’un dialogue sans les principaux adversaires

Le débat pose finalement une question fondamentale :

Un dialogue national peut-il produire une paix nationale si certains des acteurs les plus controversés de la crise en sont exclus ?

Le pouvoir de Félix Tshisekedi semble privilégier un dialogue destiné à rassembler les forces politiques et sociales considérées comme légitimes, tout en maintenant à l’écart les mouvements armés.

Ses détracteurs répondent que cette approche risque de reproduire les erreurs des précédents processus de paix : négocier avec une partie du problème pendant que l’autre partie continue de peser sur le terrain militaire et politique.

Le Congo face à un choix historique

La RDC se trouve donc devant un choix délicat.

Soit Kinshasa maintient un dialogue national centré sur les acteurs politiques et sociaux non armés, tout en poursuivant séparément les négociations avec l’AFC/M23.

Soit le pouvoir accepte d’élargir le processus à tous les protagonistes de la crise, au risque de donner une légitimité politique à des acteurs qu’il considère aujourd’hui comme responsables de la guerre.

Dans les deux cas, le défi reste le même : parvenir à une paix durable sans sacrifier la souveraineté nationale, la justice et la représentation politique.

Pour une partie de l’opposition, de la société civile et des acteurs religieux, un dialogue réellement national doit être suffisamment inclusif pour que ses conclusions puissent être acceptées par ceux qui devront ensuite les appliquer.

Car au-delà du format, une question demeure :

Le Congo veut-il simplement organiser un dialogue, ou veut-il réellement résoudre la crise ?

Par Vincent Carter
Congo Intelligence

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