Par Vincent Carter — Congo Intelligence

KOLWEZI, LUALABA — La situation demeure préoccupante sur le site minier dit « Village Saddam », dans la concession de Metalkol, à Kolwezi. Selon des informations rapportées ce jeudi 27 août 2026 et accompagnées de photographies, des dizaines de camions continueraient de sortir du minerai du site, alors que des accusations d’exploitation clandestine et de présence d’hommes en uniforme sont de nouveau formulées.

Ces nouvelles alertes interviennent quelques jours seulement après une série d’incidents qui ont ravivé les inquiétudes autour de la sécurité de la concession.

Une exploitation qui aurait repris dès le 24 août

Selon des informations publiées cette semaine par plusieurs médias et sources présentes dans le secteur minier, une excavatrice aurait commencé, dès le lundi 24 août, à charger du minerai dans des camions au niveau du Village Saddam.

Le signalement de ce jeudi fait état de la poursuite de cette activité, avec des dizaines de camions qui auraient quitté le site chargés de minerai.

Si ces informations sont confirmées par une enquête officielle, elles soulèveraient de sérieuses questions sur le contrôle effectif de cette concession et sur la capacité des autorités à empêcher l’exploitation illégale des ressources minières.

Des militaires à nouveau accusés d’être impliqués

La question la plus sensible concerne la présence présumée d’hommes en uniforme.

Le 21 août, neuf travailleurs d’un sous-traitant opérant sur le site de Metalkol avaient été enlevés par des hommes en uniforme présentés comme des militaires des FARDC, selon plusieurs sources. Les victimes ont été libérées le 23 août. La société civile avait alors dénoncé une nouvelle incursion armée sur la concession.

Des sources citées dans les médias affirment également que des ressortissants chinois auraient été présents aux côtés d’hommes en uniforme lors de certains incidents. Ces accusations nécessitent toutefois d’être établies par les autorités judiciaires compétentes.

Le dossier est d’autant plus sensible que Village Saddam avait déjà été au centre d’une importante opération de sécurisation en mai 2026. À cette occasion, une mission de l’Inspection générale des FARDC et de la Maison militaire avait annoncé la reprise du contrôle de la concession et la saisie de 145 engins, dont des camions-bennes, excavatrices et chargeuses.

Le paradoxe du Village Saddam

Le paradoxe est donc saisissant : après une opération présentée comme destinée à mettre fin à l’exploitation clandestine et à restaurer l’autorité de l’État sur la concession, de nouvelles informations font état d’une reprise du transport de minerai.

En mai, le général de brigade Ismaël Ileba Panzu avait notamment insisté sur la nécessité de faire respecter les instructions interdisant la présence de militaires dans les sites miniers.

Quelques mois plus tard, les mêmes questions semblent revenir sur la table.

Qui contrôle réellement le Village Saddam ?

Qui autorise les engins à entrer et à sortir ?

Qui contrôle les camions transportant le minerai ?

Et surtout : où va le minerai extrait ?

Une concession stratégique pour la RDC

Metalkol, filiale du groupe Eurasian Resources Group (ERG), exploite à Kolwezi une importante concession dans la province du Lualaba. L’entreprise produit notamment du cuivre et du cobalt et est détenue à 90 % par ERG et 10 % par l’État congolais.

Toute extraction clandestine dans une telle concession ne constitue donc pas seulement un problème de sécurité privée. Elle pose également la question de la protection des actifs miniers de la République démocratique du Congo et des intérêts économiques de l’État congolais.

Le précédent de 2025 montre d’ailleurs que le problème n’est pas nouveau : des ressortissants chinois avaient déjà été arrêtés sur le site de Metalkol, à Village Saddam, dans le cadre d’accusations d’exploitation illégale de minerais.

Les autorités interpellées

Face à ces nouvelles informations, une question centrale s’impose aux autorités congolaises : comment des dizaines de camions peuvent-ils, selon les témoignages et images rapportés, sortir d’une concession minière stratégique sans qu’un dispositif efficace de contrôle ne l’empêche ?

Le ministère des Mines, les autorités provinciales du Lualaba, les services judiciaires et la hiérarchie militaire sont désormais directement interpellés.

Une enquête indépendante permettrait notamment de déterminer :

  • l’identité des propriétaires des camions ;
  • l’origine exacte du minerai transporté ;
  • les personnes ayant autorisé l’accès au site ;
  • la destination des minerais ;
  • l’identité des personnes assurant la sécurité des opérations ;
  • et l’éventuelle implication de militaires ou d’autres agents publics.

Le silence n’est plus une réponse

Le dossier du Village Saddam dépasse désormais le simple cadre d’un conflit autour d’une concession minière.

Il touche à la gouvernance des ressources naturelles, à l’autorité de l’État, à la discipline des forces de sécurité et à la crédibilité de la lutte contre l’exploitation minière illégale en RDC.

Si les images et témoignages faisant état de dizaines de camions quittant actuellement le site sont confirmés, les autorités devront expliquer comment une telle opération a pu se poursuivre malgré les précédentes interventions de l’État.

À l’heure où Kinshasa affirme vouloir renforcer la transparence et la sécurisation du secteur minier, Village Saddam apparaît comme un test grandeur nature de l’autorité de l’État congolais sur ses propres ressources naturelles.

Congo Intelligence continuera de suivre ce dossier.

Par Vincent Carter
Congo Intelligence

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