ALERTE : Tshisekedi préparerait-il un massacre de ressortissants occidentaux à Kolwezi et à Lubumbashi pour provoquer une intervention militaire américaine, française et belge contre Joseph Kabila et son Front pour la refondation de la nation (FRN) ? Ou Tshisekedi, Kabila et les puissances occidentales qui va gagner dans la guerre de l’Armageddon katangais dans 1 mois?
Par Vincent Carter pour Congointelligence.com
ENQUÊTE — GÉOPOLITIQUE, MINES ET SÉCURITÉ EN RDC
ANALYSE | À Kolwezi et Lubumbashi, la rumeur d’un nouveau 1978 : ce que l’on sait, ce que l’on ignore
Le lancement d’un mouvement politico-militaire par Joseph Kabila a relancé en RDC les scénarios les plus alarmistes. Aucun élément public vérifié n’étaye celui d’un massacre d’Occidentaux dans le Katanga minier, mais l’idée prospère sur un terreau réel.
Depuis que Joseph Kabila a pris la tête d’un nouveau mouvement armé, un scénario circule sur les réseaux sociaux et dans certains cercles politiques. Des ressortissants occidentaux seraient massacrés à Kolwezi ou à Lubumbashi, le pouvoir de Kinshasa serait l’instigateur de ces tueries, et les Occidentaux seraient ainsi poussés à intervenir contre l’ex-président.
Un contexte qui nourrit les craintes
Le 12 octobre, à Goma, Joseph Kabila a pris la direction d’une coalition politico-militaire, le Front pour la refondation de la nation (FRN), qui a remplacé l’AFC/M23. Il a pour adjoints les chefs rebelles Corneille Nangaa, Bertrand Bisimwa, Freddy Kaniki et Sultani Makenga. Pendant des mois, les autorités congolaises avaient accusé l’ancien président de soutenir la rébellion, ce qu’il niait. Le FRN dit vouloir mettre fin à ce qu’il qualifie de tyrannie, y compris par la force. Kabila avait été condamné à mort par contumace il y a un an pour « complicité » avec le M23, ce qu’il conteste. RDC : Joseph Kabila prend officiellement la tête d’un nouveau mouvement politico-militaire, le FRN +4
Sur le plan politique, la défiance est profonde. Fin août, la coalition des principaux partis d’opposition a rejeté l’offre de dialogue national du président Tshisekedi. Elle y voit une manœuvre en faveur d’un troisième mandat, via un amendement constitutionnel soumis à référendum. Tshisekedi avait de son côté exclu le M23 des discussions, estimant que l’accord de paix signé à Washington en décembre était le cadre approprié. Cet accord n’a pas mis fin aux combats. Democratic Republic Of Congo +3
Dans un tel climat, chaque camp prête à l’autre les intentions les plus noires. C’est le terrain classique des théories de « fausse bannière », où un acte violent est attribué à un camp pour en provoquer la chute.
Ce que fut vraiment 1978
La référence à Kolwezi vient du 13 mai 1978, quand des combattants du Front national de libération du Congo, venus d’Angola, s’emparent de la ville, alors au Zaïre de Mobutu. Quelques jours plus tard, la France lance l’opération Léopard avec des parachutistes de la Légion étrangère, puis la Belgique mène sa propre opération, avec un soutien logistique américain. Les bilans varient selon les sources, mais plusieurs dizaines d’Européens et un nombre bien plus élevé d’Africains ont été tués.
Ce précédent contredit pourtant le scénario de la rumeur sur deux points. D’abord, les opérations de 1978 répondaient à une attaque réelle menée par des rebelles et visaient à protéger et évacuer des civils. Ensuite, elles ont servi le gouvernement en place, qui était alors celui de Mobutu. Rien ne montre que l’incumbent ait fabriqué la crise. Les Occidentaux sont intervenus pour sauver leurs ressortissants, pas pour trancher une querelle politique congolaise.
Un scénario peu plausible sur le plan stratégique
Le FRN opère depuis Goma, à plus de 1 500 kilomètres de Kolwezi. Une opération occidentale de protection de ressortissants aurait pour objectif de les extraire, non de combattre un mouvement lointain. Cette distinction est capitale : l’évacuation de nationaux ne constitue pas une intervention en faveur d’un camp.
L’intérêt de Kinshasa est lui aussi difficile à voir. Le Katanga minier est le principal moteur économique du pays, avec le cuivre et le cobalt. Un massacre d’étrangers y ferait fuir les investisseurs et provoquerait des pressions diplomatiques sur le pouvoir, au lieu de lui apporter un soutien. Il serait d’autant plus contre-productif que Kabila critique précisément l’accord minier conclu par le gouvernement avec les États-Unis, accord que Kinshasa a tout intérêt à préserver. timeslive
Les risques bien réels
Le sud du pays n’est pas exempt d’insécurité. En juin, les autorités du Lualaba ont remis des véhicules à l’armée et à la police pour lutter contre le banditisme sur la route nationale n° 39, où des chauffeurs de camions de minerais ont été visés et tués par des bandes armées. Les transporteurs d’Afrique australe dénoncent aussi une recrudescence d’attaques sur l’axe Lubumbashi-Likasi. Ce banditisme routier est documenté, mais il n’a rien d’un projet politique contre les Occidentaux. Lualaba: Four vehicles handed over to security forces in Kolwezi +2
Ce qui reste à établir
Plusieurs questions demeurent sans réponse publique : les ambassades des États-Unis, de France et de Belgique ont-elles émis des consignes particulières pour les zones minières ? Des menaces précises contre des travailleurs étrangers ont-elles été signalées ? Quelle est la source des messages qui alimentent la rumeur ?
La rumeur n’est pas anodine pour autant. Elle peut provoquer des départs d’expatriés, nourrir les tensions communautaires et servir de prétexte à tous les camps. La meilleure réponse est une information vérifiée et des communications officielles claires.
Par Vincent Carter pour Congointelligence.com