Par Kalonji Arthur
Selon des informations dignes de foi recueillies auprès d’une journaliste de Perfect TV la chaîne de télévision acquise par Peter Tiani grâce à des fonds octroyés par Denise Nyakeru, épouse du président de la République, un nouveau complot se trame contre Moïse Katumbi, ancien gouverneur du Katanga et chef de file de l’opposition. Notre source, qui a requis l’anonymat pour des raisons évidentes de sécurité, a choisi de briser le silence par exaspération face aux dérives qu’elle observe au quotidien. L’objectif de ce complot : impliquer le leader du parti Ensemble dans l’assassinat de son propre porte-parole, l’ancien ministre des Transports Chérubin Okende. Une manœuvre qui, à la lumière des faits, ressemble davantage à un écran de fumée qu’à une quête de vérité.
Ce que les enquêtes ont réellement établi
Les investigations menées par les services eux-mêmes ont permis de reconstituer les circonstances de la mort de Chérubin Okende, retrouvé sans vie le 13 juillet 2023 dans son véhicule à Kinshasa.
L’ancien ministre des Transports, qui avait librement démissionné du gouvernement pour respecter la ligne politique de son parti Ensemble, avait repris ses fonctions de porte-parole de la formation de Moïse Katumbi.
C’est en plein jour, sur le parking de la Cour constitutionnelle où il s’était rendu pour une convocation relative à sa déclaration de patrimoine, que Chérubin Okende a été kidnappé par des militaires relevant du DEMIAP, le service de renseignement militaire placé sous le commandement du général Christian Ndaywel, de nationalité belge. Selon les éléments recueillis, cette arrestation n’avait rien de judiciaire : elle aurait été ordonnée par Christian Tshisekedi, membre de la famille du président de la République,
en raison d’un différend personnel avec l’ancien ministre.
Lors de sa détention, Chérubin Okende aurait été soumis à des actes de torture. Ses bourreaux ignoraient qu’il souffrait d’une pathologie cardiaque. Il a succombé aux sévices qui lui ont été infligés.
Un suicide que personne n’a cru
Face à la mort de leur prisonnier, la panique s’est emparée des militaires impliqués. Ils ont alors mis scène un suicide, transportant la dépouille de l’ancien ministre dans son véhicule, abandonné en plein cœur de la capitale. Cette mise en scène n’a convaincu personne.
Devant la levée de boucliers, le régime de Kinshasa a tenté de maîtriser la crise en maintenant la thèsedu suicide et en sollicitant l’aide de pays partenaires. La Belgique et l’Afrique du Sud ont dépêché à Kinshasa leurs experts médico-légaux pour pratiquer une autopsie. À ce jour, aucun rapport officiel n’a été rendu public. L’expert belge aurait indiqué que les multiples manipulations effectuées sur le corps de l’ancien ministre ne lui permettaient d’établir aucune conclusion formelle une déclaration qui n’a jamais été authentifiée par la justice belge.
Un acharnement systématique contre l’entourage de Katumbi
L’assassinat de Chérubin Okende ne constitue pas un fait isolé. Il s’inscrit dans une stratégie méthodique de destruction de l’appareil politique de Moïse Katumbi, considéré à l’époque comme l’opposant de référence au régime de Kinshasa. L’un après l’autre, ses principaux collaborateurs ont été victimes d’arrestations arbitraires, de séquestrations et de torture.
Le 30 mai 2023, soit six semaines avant la mort d’Okende, Salomon Kalonda, conseiller spécial de Moïse Katumbi, était kidnappé sur la piste même de l’aéroport de Ndjili, arraché de force à son véhicule par des agents des services de sécurité sous les yeux de Katumbi lui-même, avant d’être détenu au secret dans les installations du DEMIAP.
Quelques jours auparavant, Mike Mukebayi, député provincial de Kinshasa et membre d’Ensemble, avait été enlevé à sa résidence devant ses propres enfants, brutalisé et maîtrisé à coups de matraques électriques avant d’être jeté dans un véhicule. Il croupit depuis lors à la prison centrale de Makala.
Daniel Safu, lui aussi cadre du parti, a subi le même sort. Et bien d’autres proches ou responsables de la formation de l’opposition ont été inquiétés, harcelés ou contraints à l’exil. Ce schéma répétitif dessine les contours d’une entreprise délibérée visant à décapiter l’opposition par l’intimidation, la violence et la terreur judiciaire.
La fabrication d’un coupable
C’est dans ce contexte d’impasse que les autorités de Kinshasa auraient ordonné aux services de renseignement de créer une diversion. La stratégie retenue : fabriquer de toutes pièces un récit impliquant Moïse Katumbi comme commanditaire de l’assassinat de son propre porte-parole. Plus la fable est énorme, semble-t-on penser à Kinshasa, plus elle a de chances de semer le doute.
Pour donner corps à cette thèse, le pouvoir tenterait de faire croire qu’une discorde existait entre Katumbi et Okende ce dernier aurait supposément cherché à revenir sur sa démission pour reprendre ses fonctions ministérielles, provoquant la colère du chef de parti. Un scénario que rien, dans les faits connus, ne vient étayer.
Peter Tiani, l’homme de toutes les manœuvres
Au centre de ce dispositif se trouve Peter Tiani, journaliste longtemps considéré comme un proche de Moïse Katumbi, devenu depuis un thuriféraire du régime après avoir retourné sa veste. Propriétaire de Perfect TV chaîne de télévision acquise grâce à des fonds que lui aurait octroyés Denise Nyakeru, épouse du président de la République , Tiani opère depuis Kinshasa en étroite collaboration avec les services de renseignement congolais, auxquels il est lié de longue date. C’est depuis ce laboratoire qu’il orchestre les opérations de déstabilisation menées contre l’ancien gouverneur du Katanga, tandis que le ministre de la Justice Ngefa se trouve actuellement en Belgique, dans le cadre d’une mission officielle de cinq jours, chargé de porter cette thèse rocambolesque auprès de la justice belge.
C’est Tiani qui serait à l’origine de la deuxième arrestation de Jacky Ndala, ancien membre du parti Ensemble, actuellement détenu au secret. Cette seconde interpellation, totalement arbitraire, ne repose sur aucun fondement judiciaire nouveau : elle ne vise qu’à obtenir de Ndala un témoignage fabriqué. Avant lui, Daniel Safu avait été arrêté et soumis aux mêmes pressions pour lui faire avouer que Katumbi était le commanditaire de la mort d’Okende. Safu a toutefois refusé de se prêter à cette affabulation et a fini par fuir la République démocratique du Congo pour rallier Goma, rejoignant la rébellion plutôt que de participer à une machination d’État. Aujourd’hui, c’est donc Jacky Ndala qui serait instruit de la même besogne : accuser Katumbi sous la dictée de Peter Tiani alors même que les enquêteurs belges travaillent activement, et depuis de longs mois, sur les véritables circonstances du crime.
C’est d’ailleurs une collaboratrice de Tiani, journaliste au sein même de Perfect TV, qui constitue la source principale des révélations contenues dans le présent article. Exaspérée par la gestion égocentriste de son patron un homme qui, selon elle, ne recule devant rien pour changer de statut, au point de se blanchir la peau à l’hydroquinone , elle a décidé de livrer ce qu’elle sait. Sous couvert d’anonymat, elle confie : « Car trop, c’est trop. On ne peut pas continuer à s’enrichir avec les mensonges et les manipulations. Et avec cet argent, négliger les collaborateurs mal payés pour s’offrir des soins de santé hors de prix et se blanchir la peau. »
Un écran de fumée face à la justice internationale
L’opération en cours poursuit ainsi un double objectif : salir la mémoire de Chérubin Okende en réécrivant les circonstances de sa mort, et neutraliser politiquement Moïse Katumbi en l’impliquant dans un crime dont tout indique qu’il a été commis par des agents de l’État.
Or, c’est précisément là que la manœuvre de Kinshasa se heurte à un obstacle de taille : la justice belge. Celle-ci dispose en effet de leviers d’investigation considérables dans cette affaire. Le général Christian Ndaywel, commandant du DEMIAP au moment des faits, est de nationalité belge, ce qui confère aux juridictions belges une compétence directe pour enquêter sur son rôle. Mais l’exposition du régime ne s’arrête pas là : la plupart des frères du président Tshisekedi sont eux aussi de nationalité belge, ce qui élargit potentiellement le champ des investigations aux donneurs d’ordre présumés au sein même de la famille présidentielle.
La justice belge enquête donc pied à pied sur ce crime politique. Reste à savoir si elle se laissera détourner par cette offensive de désinformation pilotée depuis Kinshasa. Les éléments rassemblés jusqu’ici pointent dans une direction bien différente de celle que le régime tente désespérément
d’imposer.