Par Vincent Carter
La conférence minière d’Indaba, qui se tient en Afrique du Sud, est traditionnellement un espace stratégique de rencontres entre États, compagnies minières et investisseurs internationaux. Cette année cependant, un sujet sensible s’est imposé avec insistance dans les couloirs : les affaires de malgouvernance et de pillages des ressources minières dans la province du Lualaba, ainsi que les controverses entourant des projets d’infrastructures majeurs, notamment l’autoroute de Kolwezi.
La province du Lualaba, présentée depuis plusieurs années comme le cœur battant du secteur minier congolais, fait aujourd’hui face à une crise de confiance. Plusieurs investisseurs rencontrés à Indaba Mining Conference expriment ouvertement leurs inquiétudes quant à la gouvernance locale, à la transparence dans l’octroi des permis miniers et à la gestion des revenus issus de l’exploitation du cuivre et du cobalt.
Mines riches, gouvernance pauvre
Le paradoxe du Lualaba est connu : une richesse minérale exceptionnelle, mais des populations locales qui peinent à en ressentir les bénéfices. Les accusations récurrentes de détournements de fonds, de pillages organisés et de contrats opaques ont progressivement terni l’image de la province sur la scène internationale.
À Indaba, ces préoccupations ne sont plus murmurées, elles sont désormais formulées clairement. Des fonds d’investissement et des groupes miniers ont indiqué suspendre ou revoir leurs projets d’implantation, évoquant un environnement jugé à haut risque politique et financier.
L’autoroute de Kolwezi, symbole des dérives
L’autoroute de Kolwezi, censée incarner le développement et la modernisation des infrastructures, est devenue dans les discussions un symbole des dérives de la gestion publique. Coûts jugés excessifs, délais non respectés, manque de clarté sur le financement et l’exécution des travaux : autant d’éléments qui alimentent le scepticisme des partenaires étrangers.
Pour de nombreux investisseurs, cette infrastructure cristallise une question centrale : où vont réellement les revenus miniers du Lualaba ?
Un signal d’alarme pour la RDC
Le refus de plusieurs investisseurs d’engager de nouveaux capitaux dans le Lualaba n’est pas anodin. Il constitue un signal d’alarme pour l’ensemble de la République démocratique du Congo. À l’heure où le monde cherche à sécuriser ses chaînes d’approvisionnement en minerais stratégiques pour la transition énergétique, la RDC risque de voir passer des opportunités historiques si les problèmes de gouvernance persistent.
Rebâtir la confiance ou perdre l’avenir
La conférence d’Indaba démontre une réalité incontournable : la compétitivité minière ne repose plus uniquement sur la richesse du sous-sol, mais sur la qualité de la gouvernance, la transparence et la crédibilité institutionnelle. Sans réformes profondes, le Lualaba pourrait devenir un exemple de ce qu’il ne faut pas faire, plutôt qu’un modèle de développement minier africain.
L’heure n’est plus au déni, mais à l’action. Restaurer la confiance des investisseurs passe par la lutte effective contre la corruption, l’audit des grands projets d’infrastructures et une redistribution visible et équitable des richesses minières au profit des populations.
Faute de quoi, les décisions prises dans les salles feutrées d’Indaba risquent de se traduire, sur le terrain, par moins d’investissements, moins d’emplois et davantage de frustrations sociales.