Par Vincent Carter

Le cobalt est omniprésent. Du smartphone que vous avez dans la poche à la batterie de la voiture électrique que vous conduisez, ou encore sous forme de superalliage dans le moteur de l’avion qui vous a conduit vers une destination paradisiaque, il constitue un composant essentiel de la vie moderne. Ce métal protège les batteries contre la surchauffe et l’incendie, tout en prolongeant leur durée de vie. Alors que la demande de cobalt a explosé au cours des dernières décennies, c’est le Congo qui abrite la majorité des réserves mondiales de cobalt qui en a supporté le plus lourd tribut. Cet article examine les impacts environnementaux de l’exploitation du cobalt en République démocratique du Congo.

L’exploitation du cobalt au Congo

La République démocratique du Congo, deuxième plus grand pays d’Afrique, est dotée d’une richesse exceptionnelle en ressources naturelles : café, diamants, bois, sans oublier le célèbre bassin du Congo, l’une des régions à la biodiversité la plus riche au monde et la deuxième plus grande forêt tropicale de la planète. Toutefois, c’est le cobalt qui fait la renommée du pays, puisqu’il détient plus de la moitié des réserves mondiales, estimées à environ quatre millions de tonnes en 2022, et assure actuellement près de 70 % de la production mondiale.

Avec l’accélération de l’électrification du système énergétique mondial, la demande de cobalt connaît une croissance sans précédent. En 2021, le marché a progressé de 22 % et devrait continuer à croître d’environ 13 % par an pendant au moins les cinq prochaines années. Dans ce contexte, des mines légales comme illégales ont fleuri à travers le pays, menaçant directement la forêt tropicale jusque-là préservée.

En raison de sa taille et de sa diversité, les experts scientifiques considèrent la forêt du bassin du Congo comme un acteur clé dans l’atténuation du changement climatique, grâce à son rôle de puits de carbone. Parmi les trois plus grandes forêts tropicales encore existantes, seule celle du Congo dispose de suffisamment de couvert forestier intact pour rester un important puits net de carbone. L’Amazonie et les forêts d’Asie du Sud-Est émettent désormais plus de carbone qu’elles n’en absorbent.

Il est difficile d’évaluer précisément l’étendue des zones déboisées du bassin du Congo pour faire place aux mines de cobalt, la richesse du pays en d’autres ressources naturelles contribuant également à la perte forestière. Toutefois, on estime que des millions d’arbres ont été abattus par de grandes entreprises minières, et des images satellites montrent aujourd’hui des paysages dévastés là où prospérait autrefois une biodiversité abondante.

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Les impacts environnementaux de l’exploitation du cobalt au Congo

Le cobalt est en train de passer du statut de métal miracle à celui de substance mortelle. Les rejets toxiques dévastent les paysages, polluent les cours d’eau et contaminent les cultures. De fortes concentrations de cobalt ont même été associées à la destruction des récoltes et à la mort des vers de terre, pourtant essentiels à la fertilité des sols.

« Dans ce ruisseau, les poissons ont disparu depuis longtemps, tués par les acides et les déchets provenant des mines », témoigne Heritier Maloba, un habitant du Congo, en observant les eaux troubles de son ancien lieu de pêche. Ce récit se répète dans l’ensemble des régions minières du cobalt.

Une étude ayant analysé des poissons du lac Tshangalale, situé à proximité de villes minières, a révélé des niveaux élevés de contamination au cobalt. Cette pollution se transmet facilement aux êtres humains par la consommation de poissons ou l’ingestion de l’eau du lac. Classé comme « cancérogène possible » et élément radioactif, le cobalt représente ainsi un danger majeur pour la santé humaine.

Un autre impact environnemental notable est la pollution de l’air autour des sites miniers, saturé de poussières et de particules toxiques. Des études ont montré que le risque de malformations congénitales telles que des anomalies des membres ou le spina bifida augmente fortement lorsque l’un des parents travaille dans une mine de cobalt, en raison des niveaux élevés de pollution générés par son extraction.

Souvent qualifié de « cobalt du sang », ce minerai n’a pas seulement ravagé l’environnement congolais, mais aussi ses populations. Les mines de cobalt rappellent des pratiques d’un autre siècle : des hommes, des femmes et des enfants y travaillent dans des conditions inhumaines et dégradantes, utilisant pioches et pelles pour creuser des tranchées et des puits afin d’extraire le minerai destiné aux chaînes d’approvisionnement mondiales. Le boom du cobalt en RDC a été marqué par des formes contemporaines d’esclavage, de traite des êtres humains et de travail des enfants. Pour approfondir ce sujet, on peut se référer à l’ouvrage de Siddharth Kara, Congo Red : How the Blood of the Congo Powers Our Lives.

La ruée vers le cobalt congolais illustre les contradictions de la transition énergétique dite « propre », censée protéger la planète du réchauffement climatique, mais qui s’inscrit dans un cycle bien connu de dégradation environnementale, d’exploitation humaine et de cupidité.

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Solutions

La solution la plus radicale pour mettre fin aux impacts négatifs de l’exploitation du cobalt serait d’en arrêter totalement l’extraction. Une option irréaliste dans une société dépendante de ce métal pour son fonctionnement.

La meilleure alternative consiste à réduire la demande de cobalt, notamment dans les batteries lithium-ion utilisées dans les appareils électroniques. Cela peut passer par le partage d’équipements électriques, le don d’appareils usagés à des structures de recyclage ou de réparation, ainsi que par l’apprentissage de la réparation des appareils défectueux. À plus grande échelle, certaines initiatives existent déjà, comme le partenariat entre Virgin Media O2 et Hubbub, qui accorde des subventions allant de 10 000 à 75 000 livres sterling à des projets au Royaume-Uni visant à réduire les déchets électroniques, encourager le recyclage ou prolonger la durée de vie des équipements.

Toutes ces démarches, centrées sur le recyclage des déchets électroniques, contribuent à répondre à la demande croissante de cobalt tout en limitant la dégradation environnementale et les pressions sociales liées à son exploitation.