Par Vincent Carter

L’arrestation du Général John Tshibangu, suivie de son transfert à la prison militaire de Ndolo le 20 décembre 2025, n’est peut-être pas celle que l’on croit. Présentée officiellement comme une affaire de trahison, de collusion avec le M23/AFC et le Rwanda, et de crimes économiques majeurs, elle pourrait surtout révéler une guerre interne féroce au cœur du pouvoir sécuritaire congolais.

Derrière les accusations spectaculaires, une question centrale demeure :
qui règle ses comptes avec qui, et pourquoi maintenant ?

Une arrestation sans preuves publiques

À ce jour, aucune pièce judiciaire, aucun acte d’accusation détaillé, aucun élément matériel vérifiable n’a été rendu public pour étayer les charges contre le Général Tshibangu. L’annonce est venue non pas d’une juridiction, mais d’un acteur de la société civile, Emmanuel Adu Cole, président de l’ONGDH FBCP.

Pourquoi une affaire d’une telle gravité — impliquant un général, des accusations de complot international et des millions de dollars — est-elle entourée d’un tel silence institutionnel ?
Que cherche-t-on à cacher, ou à précipiter ?

La carte rwandaise, encore et toujours

L’accusation d’intelligence avec le Rwanda apparaît comme le fil rouge de cette affaire. Un argument puissant dans un pays traumatisé par des décennies de conflits régionaux. Mais aussi une arme politique redoutable, capable de disqualifier instantanément un adversaire interne.

Plusieurs officiers supérieurs arrêtés ces derniers mois ont été accusés du même chef d’inculpation. Une coïncidence ? Ou le signe que la menace rwandaise sert désormais de justification à une purge interne ?

Existe-t-il des preuves tangibles de ces collusions, ou assiste-t-on à une criminalisation systématique des rivalités internes ?

L’investisseur chinois : une accusation explosive, mais opaque

L’un des volets les plus graves concerne l’assassinat présumé d’un investisseur chinois et le vol de 10 millions de dollars. Une accusation qui, si elle était avérée, impliquerait non seulement un crime de sang, mais aussi un scandale diplomatique majeur.

Pourtant :

  • l’identité de la victime n’est pas officiellement connue,
  • aucun projet d’investissement précis n’a été cité,
  • aucune réaction publique des autorités chinoises n’a été enregistrée.

Comment un crime d’une telle ampleur pourrait-il rester aussi discret ?
S’agit-il d’un dossier réel ou d’un élément ajouté pour alourdir artificiellement l’accusation ?

Le faux coup d’État de Christian Malanga : manipulation ou écran de fumée ?

L’affaire Tshibangu s’imbrique avec celle du supposé coup d’État de Christian Malanga, présenté comme une tentative avortée grâce au Général Franck Tumba, alors chef de la Maison militaire du président.

Mais le scénario s’effondre lorsqu’on observe que Franck Tumba est aujourd’hui lui-même en prison, accusé de :

  • détournement de plus d’un milliard de dollars de fonds militaires,
  • tentative de coup d’État,
  • collusion avec le Rwanda.

Comment un homme présenté hier comme le sauveur de la République devient-il aujourd’hui l’un de ses plus grands traîtres présumés ?

Ce retournement brutal interroge la crédibilité même des récits officiels successifs.

Une purge sécuritaire sous couvert de justice ?

De plus en plus d’analystes évoquent une recomposition autoritaire de l’appareil sécuritaire, où la justice militaire serait utilisée comme outil politique pour :

  • éliminer des figures devenues encombrantes,
  • reprendre le contrôle de circuits financiers opaques,
  • verrouiller l’armée dans un contexte de fragilité du pouvoir.

Il y a eu une tentative de faux coup d’État par Christian Malanga, une tentative d’assassinat de Tshisekedi par le Rwanda, ainsi qu’un détournement de plus d’un milliard de dollars de fonds militaires par le général Franck Tumba, complice du général Tshiwewe et du général John Tshibangu, l’homme qui a manipulé tout le monde. Tous se trouvent en prison maintenant. La justice militaire est-elle indépendante ou instrumentalisée ? Pourquoi ces arrestations massives surviennent-elles maintenant, et non plus tôt

Une question de survie politique

À l’approche d’échéances politiques sensibles et dans un contexte de pression internationale croissante, le pouvoir congolais joue peut-être une partie de survie. Neutraliser des généraux, c’est aussi prévenir d’éventuelles dissidences, réelles ou supposées.

Mais à quel prix ?
En fragilisant l’armée elle-même ?
En instaurant un climat de peur et de soupçon généralisé ?

Ce que l’enquête doit encore établir

Pour l’heure, l’affaire John Tshibangu repose davantage sur des accusations spectaculaires que sur des faits établis publiquement. Une enquête sérieuse devra répondre à des questions simples mais cruciales :

  • Où sont les preuves ?
  • Qui accuse exactement ?
  • Qui bénéficie politiquement de ces arrestations ?
  • Et surtout : qui sera le prochain ?

Sans transparence, cette affaire risque de devenir le symbole non pas d’une lutte contre l’impunité, mais d’une justice instrumentalisée au sommet de l’État.

Affaire à suivre. De très près.