Par Vincent Carter

Enquête & zones d’ombre autour d’une exploitation convoitée

La carrière minière de Mulonde, située à Kolwezi, alimente depuis plusieurs années des débats, des tensions et de multiples interrogations. Au cœur de ce dossier sensible, une question s’impose : à qui appartient réellement la carrière de Mulonde ?

Selon plusieurs sources locales, des acteurs politiques de premier plan seraient liés, directement ou indirectement, à la gestion ou au contrôle officieux du site. Mais dans un secteur marqué par l’opacité, les zones d’ombre persistent.

Des accusations qui circulent, mais aucune transparence officielle

Sur le terrain, plusieurs creuseurs, leaders communautaires et témoins affirment que la carrière serait contrôlée par un réseau de personnalités influentes.
Des noms reviennent régulièrement dans les témoignages :

  • Fifi Masuka, gouverneure du Lualaba,
  • Jean-Pierre Bemba, vice-premier ministre et ministre du transport,
  • ainsi que des membres de la famille Tshisekedi,

Le tout, selon certains témoins, sous la protection de gardes présidentiels.

Il est important de souligner qu’aucun document officiel public n’établit la propriété formelle de ces personnalités sur la carrière.
Cependant, la présence de forces de sécurité autour du site et la répétition des mêmes noms dans différentes sources locales entretiennent le doute et renforcent la perception d’un contrôle politique.

Mulonde : un site stratégique… et dangereux

La carrière Mulonde est devenue, ces derniers mois, le théâtre :

  • de conflits récurrents entre creuseurs,
  • d’opérations musclées des forces de l’ordre,
  • et de tueries à répétition, selon les associations locales.

Ces violences auraient pour but, affirment certains acteurs de la société civile, de décourager les creuseurs artisanaux afin de faciliter la prise de contrôle du site par des intérêts privés proches du pouvoir.

La Nouvelle Société Civile du Kongo (NSCK) dénonce ce qu’elle qualifie de “privatisation violente d’un patrimoine national”.

Un vide juridique qui favorise toutes les dérives

Le secteur minier artisanal au Lualaba souffre depuis longtemps :

  • d’un manque de régulation,
  • d’une absence de transparence sur les titres miniers,
  • d’arrangements informels entre autorités locales et opérateurs privés,
  • et d’un système de sécurité opaque.

Ce flou juridique permet à toutes sortes d’acteurs — politiques, économiques et militaires — d’exercer un contrôle de fait, sans que leur responsabilité soit officiellement documentée.

La nécessité d’une enquête indépendante

Face à la multiplication des violences, des accusations et de la confusion, plusieurs organisations appellent :

  1. à une enquête indépendante,
  2. à la publication des véritables détenteurs des titres miniers,
  3. à la mise en place d’un mécanisme de régulation transparent,
  4. et à la protection des creuseurs artisanaux, souvent premières victimes du système.

La carrière de Mulonde ne doit pas rester un terrain d’opacité, où le pouvoir réel se cache derrière les rumeurs et les armes.

Conclusion : Mulonde, symbole d’un système minier à réformer d’urgence

Qu’elle appartienne officiellement ou non aux personnalités citées, une chose est certaine :
Mulonde révèle les failles profondes de la gouvernance minière en RDC.

Sans transparence, sans contrôle institutionnel clair et sans protection des communautés locales, ce type de site continuera d’alimenter :

  • les violences,
  • la corruption,
  • la méfiance,
  • et le sentiment d’impunité des élites.