Par Vincent Carter

Goma, 21 juillet 2025 — L’est de la République démocratique du Congo est de nouveau le théâtre d’affrontements violents. Depuis trois jours, des combats d’une rare intensité opposent les groupes d’autodéfense dits “Wazalendo” aux rebelles du M23, dans les territoires de Masisi et Rutshuru, dans la province du Nord-Kivu.

Selon plusieurs sources sécuritaires et humanitaires sur le terrain, les affrontements ont éclaté simultanément sur plusieurs axes stratégiques, notamment autour de Kitshanga, Mweso, Rubaya et Tongo, zones disputées entre les deux forces rivales depuis plusieurs mois.

Une escalade brutale des hostilités

Les Wazalendo — coalition de milices locales se réclamant de la défense de la souveraineté nationale — auraient lancé une offensive coordonnée contre les positions tenues par le M23, soutenu, selon Kinshasa, par des éléments de l’armée rwandaise (RDF), ce que Kigali continue de nier.

« Depuis vendredi, les combats ne se sont pas arrêtés. Nous entendons des tirs nourris et des explosions jour et nuit », rapporte un habitant de Kitshanga, réfugié à Goma. « Beaucoup de familles fuient à pied avec peu de choses. »

Bilan humain encore incertain

Le nombre exact de victimes reste difficile à confirmer, les zones de combat étant pour l’instant inaccessibles aux organisations humanitaires. Des sources locales parlent de dizaines de morts et de blessés dans les deux camps, tandis que le Haut-Commissariat des Nations unies pour les réfugiés (HCR) fait état de plus de 7 000 personnes déplacées en trois jours.

La Mission de l’ONU en RDC (MONUSCO), bien que sur le départ, a exprimé sa préoccupation face à cette flambée de violence. Aucune intervention directe n’a été signalée de sa part jusqu’ici, en raison des tensions persistantes avec les groupes armés et certaines communautés locales.

Une guerre par procuration ?

Les autorités congolaises continuent d’accuser le Rwanda de soutenir militairement et logistiquement le M23, dans ce qui est perçu comme une guerre d’influence économique et géopolitique dans la région des Grands Lacs, riche en minerais stratégiques. De son côté, Kigali accuse Kinshasa de collaborer avec des groupes armés hostiles à sa sécurité, notamment les FDLR.

« La situation dans le Nord-Kivu ne peut être résolue tant que les acteurs régionaux continueront à jouer un double jeu », estime un expert en sécurité basé à Nairobi.

La population prise en étau

Au milieu de cette escalade, les civils continuent de payer le prix fort. Les écoles sont fermées, les structures de santé débordées, et les routes coupées par les combats. Les ONG locales alertent sur une crise humanitaire imminente, avec des besoins urgents en abris, nourriture, et soins médicaux.

Vers une généralisation du conflit ?

Des observateurs craignent que ces affrontements ne débouchent sur une extension du conflit vers d’autres territoires, notamment le sud de Masisi, voire les abords de Goma. La situation reste hautement volatile, et les appels au cessez-le-feu lancés par la société civile et les partenaires internationaux restent pour l’instant ignorés.


Contexte : Le M23, un mouvement politico-militaire à majorité tutsi, avait été défait en 2013 avant de reprendre les armes en 2021. Depuis, il contrôle plusieurs localités du Nord-Kivu. Les Wazalendo, quant à eux, se sont structurés en 2023 comme réponse populaire à la percée du M23, avec le soutien tacite de Kinshasa.


À suivre : Une réunion d’urgence du Conseil de sécurité de l’ONU sur la situation dans l’est de la RDC est attendue cette semaine. Pendant ce temps, la population du Nord-Kivu attend, dans l’angoisse, une issue à un conflit qui semble s’enliser durablement.