Par Vincent Carter

KINSHASA — Dans une affaire aux contours encore flous, la République Démocratique du Congo est secouée par ce qui pourrait être un coup d’État manqué… ou une manœuvre politique savamment orchestrée. L’affaire Tshiwewe, du nom du Général Christian Tshiwewe Songesha, ancienchef d’état-major général des Forces armées congolaises, soulève une onde de choc dans les milieux diplomatiques, militaires et médiatiques.

Selon plusieurs sources proches du renseignement militaire, le général Tshiwewe aurait tenté un coup d’État dans la nuit où le président Félix Tshisekedi quittait Kinshasa pour un voyage officiel aux États-Unis. L’opération, prévue à 3 h du matin, aurait visé l’assassinat du chef de l’État à son retour, avec pour objectif une prise rapide du pouvoir par l’état-major loyal à Tshiwewe.

Mais d’autres voix, plus nombreuses et prudentes, évoquent une toute autre lecture de cet événement. Pour de nombreux analystes politiques et diplomates étrangers, il s’agirait plutôt d’un faux coup d’État monté de toutes pièces par le régime de Félix Tshisekedi lui-même. L’objectif : neutraliser ou affaiblir les officiers originaires du Katanga, perçus comme proches de l’ancien président Joseph Kabila, et susceptibles de contester le pouvoir actuel.

« C’est une pièce de théâtre écrite au Palais, jouée dans les casernes, et destinée à nourrir la peur au sein de la population et à justifier des purges au sommet de l’armée », confie un diplomate africain basé à Kinshasa sous anonymat.

Depuis plusieurs mois, la méfiance de Tshisekedi envers les officiers katangais s’est accentuée, sur fond de tensions régionales, de crise économique et de rumeurs persistantes sur un possible retour politique de Kabila. Le spectre d’un soulèvement militaire ou d’une coalition politico-militaire du Grand Katanga inquiète le régime en place, à la veille des échéances sensibles de gouvernance et de stabilité nationale.

Ce que l’on sait jusqu’ici :

  • Aucune preuve concrète d’un coup d’État armé n’a été rendue publique.
  • Plusieurs officiers auraient été arrêtés ou déplacés ces dernières semaines.
  • Aucune déclaration officielle de Tshiwewe lui-même n’a été diffusée.

Dans un climat déjà marqué par la guerre à l’Est, la misère sociale et le désenchantement politique, ce nouvel épisode contribue à renforcer la confusion et la défiance dans l’opinion publique.

Théâtre de pouvoir ou réelle trahison militaire ?

Une chose est sûre : la vérité reste soigneusement verrouillée. Et dans un pays où les coups d’État se font parfois sans bruit et où les mises en scène politiques deviennent des armes stratégiques, il est difficile de distinguer le mensonge d’État du chaos militaire.


Par la rédaction de Congo Intelligence aux USA
Avec les contributions de sources diplomatiques et militaires à Kinshasa