Par Vincent Carter
et Vital Kamerhe

Dans un revirement inattendu, le président de la République démocratique du Congo (RDC), Félix Tshisekedi, a finalement accepté de s’asseoir à la table des négociations avec le mouvement rebelle du M23, sous la médiation de l’Angola. Cette décision intervient après des mois de tensions militaires et diplomatiques dans l’est du pays, où le groupe armé a repris ses activités, semant la désolation et déstabilisant une région déjà fragilisée par des décennies de conflits.

Selon un communiqué officiel publié ce mercredi, l’Angola, jouant le rôle de médiateur régional, « établira des contacts avec le M23, afin que des délégations de la RDC et du M23 mènent des négociations directes qui auront lieu à Luanda dans les prochains jours, en vue de négocier une paix définitive dans ce pays frère ». Cette annonce marque un tournant significatif dans la crise qui oppose le gouvernement congolais au mouvement rebelle, soutenu selon Kinshasa par des forces extérieures, notamment le Rwanda.

Un contexte tendu
Depuis la réémergence du M23 en 2021, les affrontements entre les forces gouvernementales, soutenues par des contingents internationaux, et les rebelles ont fait des milliers de déplacés et exacerbé les tensions régionales. Malgré les dénégations de Kigali, les accusations de soutien rwandais au M23 ont alimenté une crise diplomatique entre les deux pays, avec des conséquences sur la stabilité de toute la région des Grands Lacs.

Félix Tshisekedi, qui avait jusqu’ici refusé tout dialogue direct avec le M23, qualifiant le groupe de « terroristes », semble avoir été contraint de revoir sa position face à l’enlisement du conflit et aux pressions internationales croissantes. Les récentes défaites militaires des forces congolaises face aux rebelles auraient également joué un rôle dans cette décision, poussant le président à « mettre sa queue entre les pattes », comme le soulignent certains observateurs.

Les défis des négociations
Les pourparlers de Luanda, prévus dans les prochains jours, s’annoncent complexes. Le M23, qui se présente comme un mouvement de défense des intérêts des Congolais tutsis, exige des garanties politiques et sécuritaires, ainsi qu’une meilleure intégration des communautés marginalisées de l’est du pays. De son côté, le gouvernement congolais devra concilier la nécessité de rétablir la paix avec les attentes d’une population lassée par les cycles de violence et les promesses non tenues.

La médiation angolaise, dirigée par le président João Lourenço, est perçue comme un espoir de désamorcer la crise. Cependant, certains analystes restent sceptiques, rappelant que les précédents accords avec le M23, notamment celui de 2013, n’ont pas tenu leurs promesses.

L’espoir d’une paix durable
Malgré les défis, cette initiative offre une lueur d’espoir pour des millions de Congolais aspirant à la stabilité. Pour Corneille Naanga, analyste politique basé à Kinshasa, « cette décision de négocier, bien que tardive, est un pas dans la bonne direction. Mais elle doit s’accompagner d’une volonté politique sincère et d’un engagement régional fort pour éviter que l’est de la RDC ne sombre à nouveau dans la violence ».

Alors que les regards se tournent vers Luanda, la question reste de savoir si ces négociations aboutiront à une paix définitive ou si elles ne seront qu’un nouvel épisode dans le cycle infernal des conflits qui ravagent la RDC depuis des décennies. Une chose est sûre : le temps presse pour Félix Tshisekedi, dont la crédibilité et la capacité à rétablir l’ordre sont plus que jamais en jeu.

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