Analyse : Vers une fracture ethnique et régionale dans l’armée congolaise ?

Par Vincent Carter

les tensions croissantes au sein des Forces Armées de la République Démocratique du Congo (FARDC), notamment entre les militaires originaires du Kivu et ceux du Kasaï, en raison de l’assassinat présumé du général Chirimwami. Cette analyse explore les implications potentielles de cet événement et les risques qu’il représente pour la cohésion nationale.


1. Une fracture régionale au sein de l’armée

L’assassinat du général Chirimwami, attribué par certains à des militaires proches du régime de Félix Tshisekedi, est perçu comme un point de rupture par de nombreux officiers et agents de renseignement originaires de l’Est, en particulier du Kivu.

Ces militaires dénoncent une marginalisation systématique et le traitement inéquitable des soldats du Kivu, qu’ils considèrent comme des « chairs à canon » dans un conflit où leur propre région est souvent la première ligne de front. Ces griefs alimentent une fracture régionale, aggravée par des accusations selon lesquelles les militaires issus du Kasaï, région d’origine du président Tshisekedi, éviteraient de s’impliquer directement dans les combats.


2. Une possible polarisation ethnique

Les divisions évoquées vont au-delà des questions régionales et prennent une tournure ethnique. Mon analyse souligne une méfiance grandissante entre les officiers « kivutiens » et ceux de l’ethnie Luba, majoritaire au Kasaï et associée au président Tshisekedi.

Ces tensions ethniques ne sont pas nouvelles dans la RDC, mais leur intrusion au sein des FARDC représente une menace grave. Une armée divisée sur des bases ethniques et régionales compromettrait non seulement la sécurité nationale, mais aussi l’unité du pays.


3. La perception d’une « purge » des Kivutiens

L’assassinat du général Chirimwami est vu comme faisant partie d’une campagne plus large de marginalisation des figures influentes originaires du Kivu. Ce sentiment de persécution est renforcé par des événements précédents, impliquant des personnalités telles que Vital Kamerhe et Modeste Bahati Lukwebo, dont les relations avec le président Tshisekedi ont été marquées par des conflits politiques et des mises à l’écart.

Si cette perception continue de croître, elle pourrait alimenter une dynamique de revanche et renforcer les ressentiments contre le régime en place.


4. Le spectre d’un affrontement au sein des FARDC

La question clé dans cette affaire est celle d’un éventuel affrontement direct entre les militaires loyaux à Tshisekedi et ceux qui s’y opposent. Un tel scénario aurait des conséquences catastrophiques :

  • Effondrement de la discipline militaire : Une armée divisée ne pourrait pas répondre efficacement aux menaces sécuritaires, notamment dans l’Est, où les groupes armés restent actifs.
  • Crise de légitimité : Une telle fracture minerait davantage la confiance des citoyens dans les institutions nationales, déjà fragilisées par la corruption et l’inefficacité.
  • Instabilité politique : Une armée divisée pourrait être exploitée par des acteurs politiques opportunistes, aggravant les tensions ethniques et régionales.

5. Comment éviter le pire ?

Pour prévenir une escalade, des mesures urgentes s’imposent :

  • Renforcer l’unité au sein des FARDC : Le gouvernement doit promouvoir une politique de réconciliation et d’intégration, en veillant à ce que toutes les régions et ethnies soient équitablement représentées et traitées au sein de l’armée.
  • Enquêter sur l’assassinat du général Chirimwami : Une enquête transparente et impartiale est nécessaire pour apaiser les tensions et rétablir la confiance.
  • Dialogue politique : Félix Tshisekedi doit engager un dialogue sincère avec les leaders du Kivu pour désamorcer les frustrations et prévenir tout sentiment de marginalisation.

Une RDC à la croisée des chemins

L’assassinat du général Chirimwami et les tensions qu’il a ravivées mettent en lumière les défis profonds auxquels la RDC est confrontée en matière de gouvernance, d’unité nationale et de sécurité.

Le président Tshisekedi est à un tournant décisif : il peut choisir de répondre à ces tensions par des réformes courageuses et inclusives, ou risquer de voir son mandat marqué par une instabilité croissante. Le futur de la RDC dépendra de sa capacité à éviter que ces divisions internes ne se transforment en conflit ouvert. Qui vivra verra.